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  2026-07-02
 

Une fusion harmonieuse

VOL. 18 / JUILLET 2026 par LI XIAOYU  ·   2026-07-02
Mots-clés: jupe mamian ; Afrique

Entre héritage chinois et créativité africaine, un vêtement traditionnel devenu phénomène de mode 

Des participants kényans à l’émission de téléréalité musicale Sing for Africa, lancée par la chaîne Hunan TV International, arborent des jupes mamian conçues par l’entreprise de Ma Xiaomei. (XINHUA) 

À Nairobi, capitale du Kenya, lors d’un gala organisé à l’occasion de la Fête du Printemps en février dernier, les regards se sont rapidement tournés vers un groupe de mannequins kényans vêtus d’une tenue peu commune : la jupe mamian, l’un des éléments les plus emblématiques du hanfu chinois. Associée à des tissus aux motifs africains éclatants, cette pièce traditionnelle mixte venue de Chine a créé une rencontre visuelle saisissante entre deux univers culturels. 

Longtemps considérée comme un symbole du patrimoine vestimentaire chinois, la jupe mamian connaît aujourd’hui un succès croissant bien au-delà des frontières de la Chine. Sur le continent africain, elle s’impose progressivement sur les podiums, lors des cérémonies familiales et même dans certaines occasions du quotidien. Pour Ma Xiaomei, entrepreneure chinoise installée en Afrique depuis plus de 30 ans et fondatrice de 4L International LTD Mara Fashion, cette popularité naissante est bien plus qu’un phénomène de mode : elle témoigne de la capacité des cultures à dialoguer à travers l’esthétique.   

Une élégance qui séduit 

Forte de plusieurs décennies d’expérience dans l’industrie textile au Kenya, Mme Ma a appris à reconnaître les tendances capables de séduire le marché local. C’est lors d’un événement culturel chinois organisé à Nairobi qu’elle a un déclic. Elle perçoit rapidement le potentiel de ce vêtement traditionnel chinois auprès des consommateurs africains. 

« La jupe mamian met en valeur la noblesse et l’élégance féminines », explique-t-elle à CHINAFRIQUE. Un constat partagé par le mannequin kényan Michelle Mutindi. Invitée à porter une jupe mamian lors d’un défilé organisé par l’ambassade de Chine au Kenya, elle a immédiatement été séduite. « Depuis ce jour-là, je suis tombée amoureuse de cette tenue », confie-t-elle. Selon elle, cette pièce particulière permet à ceux qui la portent de se démarquer aussi bien sur un podium que lors d’une cérémonie. 

Contrairement à l’image parfois figée que l’on se fait des vêtements traditionnels, la jupe mamian présente plusieurs atouts particulièrement appréciés sur le marché africain. Sa silhouette ample assure un grand confort, tandis que ses plis caractéristiques lui confèrent une allure raffinée adaptée à de nombreuses occasions. 

Afin de faciliter son adoption par le public local, Mme Ma et son équipe ont choisi de revisiter certains modèles en utilisant des tissus wax africains. Cette fusion entre la coupe traditionnelle chinoise et les couleurs vibrantes africaines a permis aux consommateurs kényans de s’approprier naturellement le vêtement. 

Les mannequins et les professionnels de la mode ont été parmi les premiers à l’adopter, mais son public s’est rapidement élargi. Selon Mme Ma, la jupe mamian séduit aujourd’hui aussi bien les jeunes générations que les femmes d’âge mûr, grâce à l’équilibre qu’elle offre entre élégance, originalité et expression culturelle. 

Sarah Nyawira, responsable d’une agence de voyages à Nairobi, souligne elle aussi cette polyvalence. Elle apprécie particulièrement l’association harmonieuse des éléments chinois et africains, ainsi que le confort du vêtement. « On me demande toujours où je l’ai achetée », raconte-t-elle. Pour elle, la jupe mamian est devenue une tenue idéale pour les événements importants. 

La jupe mamian est appréciée pour l’élégance et le raffinement qu’elle confère à la personne qui la porte. (COURTOISIE) 

L’histoire derrière les plis 

Si la jupe mamian séduit d’abord par son apparence, elle porte également une histoire millénaire. Apparue sous la dynastie des Song (960-1279) et popularisée durant les dynasties des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1912), elle constitue l’une des formes les plus représentatives du costume traditionnel chinois. 

Son nom provient de la forme de ses panneaux avant et arrière, qui rappellent les « mamian », ces avancées défensives présentes sur les remparts des anciennes villes chinoises. Sa structure particulière, composée de plis latéraux et de panneaux plats, allie fonctionnalité et esthétique. À l’origine, cette conception facilitait notamment les déplacements à cheval tout en conservant l’élégance du vêtement. 

Au fil des siècles, la jupe mamian est devenue un symbole de l’esthétique chinoise, fondée sur l’équilibre, l’harmonie et le raffinement. Aujourd’hui encore, elle incarne un lien vivant entre patrimoine et modernité. Son récent regain de popularité en Chine témoigne d’ailleurs d’un intérêt croissant des jeunes générations pour leur héritage culturel. 

Consciente de cette dimension historique, Mme Ma veille à ce que chaque pièce vendue en Afrique soit accompagnée d’une présentation expliquant l’origine et la signification culturelle de la jupe mamian. « Les clients ne découvrent pas seulement un vêtement ; ils découvrent aussi une partie de l’histoire de la Chine », souligne-t-elle. 

Cette démarche contribue à transformer un simple produit de mode en véritable vecteur de dialogue culturel. À travers une jupe, c’est tout un récit sur la civilisation chinoise qui voyage jusqu’au continent africain. 

Présentation de différents modèles de jupes mamian crées par l’entreprise de Ma Xiaomei à Nairobi, au Kenya, le 25 mai 2025.(COURTOISIE) 

La mode comme passerelle 

Le succès de la jupe mamian en Afrique ne s’explique pas uniquement par ses qualités esthétiques. Il reflète également une évolution plus profonde des échanges entre la Chine et l’Afrique, où la culture occupe désormais une place croissante aux côtés du commerce et des infrastructures. 

Pour Mme Ma, la clé réside dans la capacité à créer une rencontre authentique entre les deux cultures. C’est dans cet esprit qu’elle a choisi de développer au Kenya la marque Mara Fashion. Le nom « Mara », emprunté à la langue des Massaï, évoque l’immensité des plaines du Masai Mara, l’un des sites naturels les plus emblématiques du Kenya, tout en constituant une référence familière pour les consommateurs locaux. 

Cette stratégie de localisation s’accompagne d’un travail constant d’intégration des éléments africains dans les créations inspirées du hanfu. Les tissus, les couleurs et certains motifs puisent dans l’imaginaire esthétique du continent tout en conservant l’essence de la coupe traditionnelle chinoise. 

Les défilés organisés à Nairobi illustrent parfaitement cette démarche. En voyant des mannequins kényans défiler dans des jupes mamian confectionnées à partir de tissus africains, le public découvre une création hybride qui ne relève ni de l’imitation ni de l’assimilation, mais d’un véritable dialogue artistique. 

Pour le mannequin Nyakuar John, l’expérience va bien au-delà de la mode. « Cette tenue réunit deux cultures : elle paraît africaine tout en restant profondément chinoise », explique-t-elle. Les photos qu’elle a publiées sur les réseaux sociaux ont suscité de nombreuses réactions positives. 

« La mode n’a pas de frontières », résume Mme Ma. À ses yeux, l’essor de la jupe mamian en Afrique constitue une opportunité unique de mieux faire connaître les cinq mille ans d’histoire de la Chine tout en permettant aux Chinois de mieux comprendre les cultures africaines. En associant héritage culturel, innovation créative et coopération économique, la jupe mamian ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour les échanges humains Chine-Afrique.

 
 
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