| 2026-08-01 |
Une formation ultra ciblée |
| VOL. 18 / AOÛT 2026 par CUI XIAOQIN · 2026-08-01 |
| Mots-clés: Yiwu ; entrepreneurs africains |
Yiwu est un terrain d’apprentissage idéal pour les entrepreneurs africains

L’étudiante marocaine Hajar Ben Gharbaoui (à droite) participe à une session de live streaming. (COURTOISIE)
Hajar Ben Gharbaoui, étudiante marocaine, ne ménage pas ses efforts sur le stand de l’entreprise chinoise Yiwu Cufei Technology lors de la Foire nationale de la culture et du tourisme de Yiwu 2026. Elle y présente un projet destiné au marché nigérian dans l’espoir de séduire de futurs clients. Elle espère que ses deux mois de stage au sein de cette entreprise spécialisée dans le commerce sino-africain aboutiront à une embauche.
Ce n’est pas sa première participation à ce type d’événement. Tout au long de ses études au Yiwu Industrial and Commercial College (YWICC), sa professeure de live streaming, Xiong Aisha, l’a régulièrement encouragée à prendre part aux salons commerciaux. « Les opportunités de coopération y sont nombreuses et c’est une excellente occasion d’entrer en contact avec des clients », explique-t-elle.
Souvent présenté comme « l’université au plus près du marché », le YWICC s’est forgé une solide réputation grâce à son système de formation dédié au commerce transfrontalier. Chaque année, l’établissement accueille des étudiants venus du monde entier pour y étudier l’e-commerce et préparer leur projet entrepreneurial dans la ville de Yiwu (province du Zhejiang), connue comme la capitale mondiale des petits articles manufacturés.
Un cursus universitaire cohérent
« Les étudiants étrangers suivent un parcours progressif. Après l’apprentissage du chinois, ils découvrent la culture chinoise et les politiques commerciales avant de se lancer dans leur propre projet d’entreprise », raconte à CHINAFRIQUE Lu Jun, directrice adjointe de la faculté d’éducation internationale du YWICC. Selon elle, l’entrepreneuriat fait partie intégrante de la formation. L’objectif est de développer chez les étudiants des compétences professionnelles, ainsi que l’esprit d’initiative, le sens des responsabilités et la capacité d’innovation.
En mars 2022, l’université a créé une base d’incubation destinée aux jeunes entrepreneurs internationaux afin de leur simplifier toutes les démarches administratives. Les étudiants bénéficient d’un accompagnement complet : enregistrement de l’entreprise, permis de travail, mise en relation avec les partenaires, formation technique, etc. À ce jour, 47 entreprises ont ainsi été créées à Yiwu, pour un chiffre d’affaires cumulé de 300 millions de yuans (44 millions de dollars) en 2025.
Pouvoir enregistrer leur entreprise directement sur le campus constitue un véritable avantage et renforce la crédibilité des jeunes entrepreneurs auprès de leurs partenaires. C’est notamment le cas de Kamalou-Dine Adissa Akinocho, originaire du Bénin. Installé dans un bureau du bâtiment réservé aux enseignants, il a créé une société de commerce transfrontalier qui exporte du matériel de quincaillerie vers plusieurs pays africains, notamment le Bénin, la République du Congo et le Burundi. Les réseaux commerciaux développés à Yiwu et la stabilité des chaînes d’approvisionnement constituent, selon lui, un véritable pont entre la Chine et l’Afrique.
Depuis 2007, le YWICC a accueilli plus de 13 000 étudiants issus de 113 pays. Mais la formation ne se limite pas aux compétences commerciales. L’établissement accorde également une grande importance aux valeurs humaines et à la créativité. Les étudiants sont encouragés à participer à des actions de bénévolat et à des échanges culturels. Études de marché, volontariat lors de foires commerciales ou découverte de la culture chinoise font partie intégrante de leur parcours.
« L’honnêteté est le fondement du commerce », confie M. Akinocho à CHINAFRIQUE. C’est, selon lui, la leçon la plus précieuse qu’il ait apprise durant ses études.

Xiong Aisha (au centre) lors d’un cours sur les techniques du live streaming, le 6 juillet. (DONG NING)
Au plus près du marché
L’e-commerce transfrontalier connaît un développement rapide à Yiwu. En 2025, son volume d’activité a atteint 168 milliards de yuans (25 milliards de dollars), soit une progression de 19,9 % sur un an. En octobre de la même année, l’ouverture du Centre mondial du commerce numérique, considéré comme le marché de sixième génération de Yiwu, a marqué une nouvelle étape dans la transformation numérique de la ville. Live streaming, plateformes numériques, commerce transfrontalier et entrepôts à l’étranger y sont désormais en développement intégré. « Les différents maillons de la chaîne sont simplement répartis sur plusieurs étages, et les commerçants peuvent diffuser la session live depuis leurs boutiques », résume-t-on.
Dès septembre 2022, le YWICC a ouvert un cursus consacré au live streaming. Cette formation repose sur un partenariat étroit avec les entreprises, qui mettent à disposition comptes, produits et chaînes d’approvisionnement. Les étudiants ne se contentent pas d’exercices en classe : ils sont rapidement amenés à diffuser en direct depuis le Marché international de Yiwu.
Chaque jour, des centaines de milliers d’acheteurs étrangers fréquentent ce gigantesque marché de 80 000 boutiques où l’on échange en arabe, anglais, français et dans bien d’autres langues. « Les étudiants présentent les produits en direct tout en guidant les internautes dans le marché. Ils peuvent ainsi adapter leurs recommandations aux besoins des clients », explique Mme Xiong. Une équipe de volontaires a même été créée afin d’aider les commerçants à développer leurs activités de live streaming.
Au cours des trois dernières années, le YWICC a formé plus de 800 spécialistes de l’e-commerce transfrontalier, dotés de compétences multilingues et d’une ouverture internationale. L’établissement propose également des formations en live streaming à destination des étudiants d’Afrique du Sud et du Népal et a organisé, en 2024 au Maroc, un examen professionnel sur le live streaming transfrontalier.
De Yiwu au Maroc
La coopération entre le YWICC et le Maroc ne se limite pas à cet examen professionnel. En 2023, l’université y a ouvert sa première antenne, le Collège de la Route de la soie de Yiwu, fondé sur un modèle original : deux années d’études au Maroc, suivies d’une troisième année de pratique à Yiwu.
Su Man, enseignante au département du commerce international et des langues étrangères, a été la première professeure envoyée au Maroc. Pendant trois mois, elle y a assuré des cours de chinois et de commerce international. Afin de mieux préparer les étudiants à leur future année en Chine, l’établissement organise également chaque été des séjours d’immersion à Yiwu. Cette expérience de terrain renforce leur motivation : certains choisissent même de rejoindre la Chine dès leur deuxième année d’études, comme le jeune Sénégalais Martis Nicolas Franck.
Son compte TikTok, sur lequel il partage son quotidien en Chine, est rapidement passé d’environ 2 000 à plus de 10 000 abonnés après son arrivée à Yiwu. Inspiré par la réussite de ses prédécesseurs, il rêve de suivre les traces de Sourakhata Tirera, commerçant sénégalais installé à Yiwu depuis une vingtaine d’années.
Selon Fang Yifei, directrice adjointe du service des relations internationales de la faculté d’éducation internationale, le premier cycle de ce programme de trois ans s’achève cette année. Huit étudiants de la filière commerce international, dont Mme Gharbaoui, ont obtenu leur diplôme. En septembre, l’université accueillera une nouvelle promotion du programme marocain et une première cohorte d’étudiants spécialisés en big data.
« Depuis le 1er mai, la Chine applique le traitement tarifaire zéro aux pays africains qui entretiennent des relations diplomatiques avec elle. De nombreux commerçants africains souhaitent désormais vendre leurs produits sur le marché chinois. J’espère moi aussi développer progressivement mon activité », conclut M. Franck.