| 2026-09-01 |
La tendance des « tech tours » |
| VOL. 18 / SEPTEMBRE 2026 par LU YAN · 2026-09-01 |
| Mots-clés: tourisme industriel ; Chine |
Les nouvelles chaînes de montage deviennent l’une des attractions touristiques les plus inattendues de Chine

Des visiteurs découvrent l’HyperEngine, moteur produit par le géant technologique chinois
Xiaomi dans son usine automobile à Beijing, le 16 juin 2025. (PHOTOS : XINHUA)
D’immenses bras robotiques s’animent, une presse à mouler de 9 100 tonnes gronde comme le tonnerre et des chariots automatisés sillonnent les allées d’une chaîne de fabrication. Il ne s’agit pas d’une scène sortie d’un film de science-fiction, mais bien de la réalité d’une usine automobile du géant technologique chinois Xiaomi, à Beijing. Ce site industriel autrefois austère, entouré de hauts murs et orné de panneaux « Accès interdit », est devenu un haut lieu culturel où les billets sont parfois plus difficiles à obtenir que des places de concert.
S’étendant sur 718 000 m2, cette méga-usine a vu sa popularité exploser depuis son ouverture aux visiteurs en novembre 2024. Début juillet, elle avait déjà accueilli 250 000 visiteurs. Outre les visites des chaînes de production, des attractions comme des pistes de karting et des conférences scientifiques ont rencontré un vif succès, les visites d’usines étant devenues une nouvelle option de sortie en famille. « Grâce au tourisme industriel et aux programmes de vulgarisation scientifique, nous espérons attirer davantage de visiteurs dans notre usine, leur faire découvrir de plus près le processus de fabrication et leur permettre d’observer par eux-mêmes le dynamisme de l’industrie automobile chinoise », confie Ma Lan, responsable des visites publiques et de l’accueil des visiteurs à l’usine automobile de Xiaomi, au Quotidien du Peuple.
Ce type de tourisme prend son essor dans toute la Chine. Des usines d’électroménager aux brasseries en passant par les ateliers de machines lourdes, les fabricants ouvrent leurs portes au public. Des zones industrielles autrefois interdites d’accès se transforment en parcs d’attractions, musées des sciences et destinations familiales. Ce changement s’explique par trois forces : la curiosité croissante des consommateurs, les stratégies de marque des entreprises et une volonté de l’État de redéfinir l’image du « Made in China » comme un gage d’innovation, de qualité et de fierté nationale.
Des mesures incitatives
L’augmentation des visites d’usines résulte de la convergence de plusieurs incitations politiques, de l’évolution des comportements des consommateurs et de la transformation des entreprises.
Sur le plan politique, Beijing s’efforce de mieux intégrer le patrimoine et la culture industriels au développement touristique et culturel. En mai, le ministère de la Culture et du Tourisme, en collaboration avec six autres ministères, a publié une circulaire encourageant les entreprises de l’aérospatiale, de la construction navale, de l’automobile et de la robotique à développer des usines thématiques ouvertes aux visiteurs, dans le respect des normes de sécurité et de confidentialité, afin de diversifier l’offre nationale de tourisme culturel.
L’objectif est d’inciter les entreprises des secteurs de la fabrication d’équipements, des biens de consommation et de la logistique de l’e-commerce à innover en proposant aux visiteurs des activités thématiques, telles que l’observation des processus de production, des simulations d’opérations, des ateliers pratiques, entre autres.
L’utilisation des technologies et dispositifs numériques est mise en avant, notamment le système de navigation par satellite BeiDou, l’intelligence artificielle, la vidéo ultra-haute définition, la réalité virtuelle et la conduite autonome, afin de créer des expériences de tourisme industriel immersives et intelligentes. La publication de cette circulaire s’inscrit dans le cadre du XVe Plan quinquennal (2026-2030), qui prévoit de favoriser le « développement du tourisme rouge, du tourisme rural, du tourisme de santé et du tourisme industriel en fonction des réalités locales ».
« Le tourisme industriel ne se limite pas à l’observation des processus de production. Son principal intérêt réside dans la mise en relation du public avec les marques et les technologies, permettant ainsi aux visiteurs de mieux appréhender le niveau de développement et les progrès technologiques du secteur manufacturier chinois », explique Jiang Yiyi, doyen de l’École des loisirs, des sports et du tourisme de l’Université des sports de Beijing, au Global Times.

Visite de l’usine du groupe Coconut Palm à Haikou (province de Hainan), le 27 février.
Des expériences atypiques
Arctic Ocean et Yili sont deux marques emblématiques pour des générations de Pékinois. L’une est une marque de soda très appréciée, fondée en 1936 ; l’autre, une enseigne de boulangerie-pâtisserie créée en 1906. Aujourd’hui, ces deux marques historiques cohabitent au sein du parc industriel Arctic Ocean-Yili à Beijing, devenu l’une des destinations de tourisme industriel les plus populaires de la ville.
Le long de ses passerelles vitrées surélevées, les visiteurs peuvent observer en direct l’ensemble du processus de fabrication du pain et de mise en bouteille des sodas. Dans l’espace de 2 000 m² dédié aux activités manuelles, parents et enfants pétrissent la pâte et embouteillent les sodas ensemble, pour la plus grande joie de chacun.
Le parc recrée également des scènes nostalgiques des années 1980, avec notamment une boutique Yili, un entrepôt, une brasserie et une salle d’arcade rétro. Les sculptures de l’ours polaire géant, mascotte d’Arctic Ocean, et un toboggan en forme de canette de soda sont devenus des attractions incontournables des réseaux sociaux, attirant des files d’attente interminables de visiteurs.
À Liuzhou (région autonome zhuang du Guangxi), une autre usine agroalimentaire attire les foules. Le parc industriel de Luobawang, berceau du fameux luosifen, soupe de nouilles de riz devenue un phénomène national, dispose de lignes de production entièrement automatisées. Les ingrédients y sont dosés, prétraités, stérilisés et conditionnés en un processus fluide et ultra-rapide.
Les visiteurs ont accès à un espace cuisine en libre-service pour préparer et cuire leurs plats. « Nous avons décidé d’ouvrir notre usine au public en 2021 », explique Yao Hanlin, président de Guangxi Luobawang Brand Management Corporation. Le secteur souffrait alors de craintes liées à l’hygiène et à la sécurité alimentaire. « Nous souhaitions que les consommateurs observent nos tests de capsaïcine, l’inspection par rayons X et la désinfection de nos ateliers. La transparence était la meilleure façon d’apaiser les craintes. »
Hefei Heyi Aviation Corporation est l’une des premières entreprises chinoises à avoir obtenu un certificat d’exploitation pour des aéronefs civils sans pilote destinés au transport de passagers. Située à Hefei (province de l’Anhui), son usine présente des taxis aériens autonomes et des avions bombardiers d’eau sans pilote, offrant aux visiteurs un aperçu des transports de demain.
« La transition vers une production de pointe et intelligente a bouleversé l’image stéréotypée des usines, perçues comme des lieux sales, désordonnés et chaotiques », indique à l’agence de presse Xinhua Song Shuang, directrice adjointe du Centre de recherche sur l’économie de consommation du CCID, institut de recherche relevant du ministère de l’Industrie et de l’Informatisation.
Elle explique que les technologies avancées ont transformé les usines en espaces visuellement captivants, ajoutant que ce nouvel « attrait visuel » et cette « ouverture », fruits de la modernisation industrielle, ont jeté les bases essentielles de l’essor du tourisme industriel.
LU YAN, journaliste à Beijing Review