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  2026-10-08
 

Aux forges de la terre zimbabwéenne

VOL. 18 / OCTOBRE 2026 par PROBLEM MASAU  ·   2026-10-08
Mots-clés: investissements chinois ; Zimbabwe

Les 10 milliards de dollars investis par la Chine accompagnent le basculement du pays vers la transformation locale de ses ressources 

Émissaires chinois et responsables du gouvernement zimbabwéen visitant l’aciérie Dinson Iron and Steel à Manhize, dans la province des Midlands, au Zimbabwe, le 22 janvier. (AMBASSADE DE CHINE AU ZIMBABWE)

Les investissements chinois au Zimbabwe ont franchi le cap des 10 milliards de dollars, consolidant la position de la Chine comme premier pourvoyeur d’investissements directs étrangers dans ce pays d’Afrique australe. Ce seuil concrétise un virage stratégique majeur : l’extraction brute cède désormais le pas à la transformation locale. 

L’ambassadeur de Chine au Zimbabwe, Zhou Ding, a confirmé ce jalon lors du Symposium sino-zimbabwéen sur l’investissement qui s’est tenu début juillet à Harare. Mines, industrie manufacturière, énergie, agriculture ou infrastructures numériques : aucun secteur n’échappe à cet afflux de capitaux. 

Selon le diplomate, ces investissements ont permis de créer près d’un million d’emplois locaux et génèrent annuellement plusieurs centaines de millions de dollars de recettes fiscales. 

« L’avenir du Zimbabwe ne réside pas seulement dans l’extraction de ses ressources naturelles, mais dans leur transformation sur place, la création d’industries, le développement des compétences et l’emploi durable », a déclaré M. Zhou devant les délégués, traçant une feuille de route alignée sur la deuxième Stratégie nationale de développement du pays. 

Cette annonce intervient alors que les échanges bilatéraux ont atteint le niveau record de 4,4 milliards de dollars en 2025, en hausse de 15,2 % sur un an, avec un excédent commercial de 740 millions de dollars en faveur du Zimbabwe, d’après les données douanières chinoises et l’ambassade de Chine au Zimbabwe.   

Montée en puissance d’un géant de l’acier 

C’est à Manhize, dans le district de Chirumhanzu (province des Midlands), que bat le cœur de cette dynamique : l’aciérie Dinson Iron and Steel. Ce complexe intégré de 1,5 milliard de dollars constitue le plus vaste projet sidérurgique du continent. 

Avec une production annuelle dépassant déjà 500 000 tonnes d’acier, l’usine doit porter sa capacité à 1,2 million de tonnes, transformant le Zimbabwe, longtemps importateur net, en exportateur régional majeur. « 60 % de cette production est destinée à l’exportation et permet de générer les devises vitales pour l’économie zimbabwéenne », a souligné M. Zhou lors d’une récente visite du site. 

Porté par le groupe chinois Tsingshan Holding, le projet génère des milliers d’emplois : 95 % des effectifs sont zimbabwéens, recrutés en grande partie au sein des communautés locales, précise Benson Xu, PDG de Dinson. « À mesure que nous montons en puissance, nous créons des emplois et dynamisons les industries en amont comme en aval. Cela s’inscrit pleinement dans la Vision 2030 du Président Emmerson Mnangagwa », affirme de son côté le chef de projet, Wilfred Motsi. 

L’aciérie réduit drastiquement la dépendance du pays aux importations d’acier, qui grevaient son budget d’un milliard de dollars par an. Avec plus de 140 000 tonnes expédiées rien qu’au premier semestre 2025, le Zimbabwe s’affirme désormais comme un fournisseur clé en Afrique australe. 

Les capitaux chinois contribuent également à remédier aux pénuries d’électricité chroniques. Financée par des prêts concessionnels chinois à hauteur de 1,5 milliard de dollars, l’extension des tranches 7 et 8 de la centrale thermique de Hwange a apporté 600 MW supplémentaires au réseau national. Exécuté par Sinohydro, le chantier s’est achevé en 2023, soulageant un pays longtemps éprouvé par les délestages. 

Des investisseurs chinois développent par ailleurs, pour leurs propres sites industriels, des centrales d’une capacité cumulée dépassant 1 000 MW, réduisant d’autant le déficit énergétique national, a précisé l’ambassadeur.   

Créer de la valeur sur place 

Dans le secteur du lithium, le Zimbabwe attire la part du lion : plus de 2 milliards de dollars d’investissements chinois y ont afflué depuis l’interdiction, en 2021, des exportations de minerai brut, incitant les industriels à implanter leurs unités de transformation sur le sol zimbabwéen. 

Prospect Lithium Zimbabwe, en partenariat avec le groupe chinois Huayou Cobalt, a investi près de 400 millions de dollars dans l’usine de sulfate de lithium d’Arcadia, entrée en service début 2026, une première sur le continent. Visant une capacité annuelle de 50 000 tonnes, le site emploie 2 000 personnes directement et génère autant d’emplois indirects, confirme Patience Chizodza, responsable des relations publiques. 

Chez Bikita Minerals, filiale de Sinomine Resource Group, une unité de traitement du lithium estimée à 500 millions de dollars a vu le jour, et de nouveaux investissements doivent en accroître la capacité de production. « La question n’était pas de savoir s’il fallait investir au Zimbabwe, mais à quelle vitesse nous pourrions cesser d’exporter nos ressources brutes pour créer davantage de valeur directement sur place », résume la directrice générale adjointe, Amanda Makausi. 

Dans le secteur cimentier, Shuntai Investments a mis en service, en septembre, son usine de 200 millions de dollars à Chegutu, dans l’ouest du pays. Conçu pour produire jusqu’à 6 000 tonnes par jour, le site emploiera entre 1 500 et 2 000 personnes à pleine charge et s’appuie sur une centrale solaire de 50 MW, dont le surplus approvisionnera le réseau national. « Nous visons l’autosuffisance énergétique pour l’ensemble de nos opérations », explique Jack Zhang, administrateur de Shuntai. 

Malgré cette dynamique positive, M. Zhou rappelle que les carences en infrastructures, telles que l’électricité, les transports, l’eau et la connectivité numérique, demeurent le principal frein à l’industrialisation. Il appelle à des investissements soutenus : corridors de transport, rénovation du réseau ferroviaire, énergies renouvelables, parcs industriels, plateformes logistiques et réseaux numériques offrent, selon lui, des opportunités stratégiques. 

Le diplomate a également mis en garde contre toute instabilité normative : des revirements soudains en matière de fiscalité ou de réglementation minière et industrielle ébranleraient la confiance des investisseurs, alors que les partenariats durables exigent prévisibilité et confiance mutuelle.  

 
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