| 2026-10-31 |
Un nouveau corridor culturel |
| VOL. 18 / NOVEMBRE 2026 par ZHANG XIAO · 2026-10-31 |
| Mots-clés: Changjiang ; efforts d’assainissement |
Les efforts d’assainissement du Changjiang laissent le champ libre à la culture qui reprend sa place sur ses berges

La Pagode Suojiang et la Tour Suojiang à Jiujiang (province du Jiangxi) forment désormais un joli panorama au coucher du soleil. (COURTOISIE)
Du haut du Pavillon Pipa situé dans le Parc culturel national du Changjiang, à Jiujiang (province du Jiangxi), la vue sur le fleuve est grandiose. Il est difficile d’imaginer qu’il y a encore quelques années, ce panorama était gâché par des activités industrielles polluantes.
Lors de sa visite sur place, le 10 octobre 2023, le Président chinois Xi Jinping avait souligné que, quel que soit le niveau de développement futur de la Ceinture économique du Changjiang, la région ne pourrait jamais se passer des bienfaits du fleuve. Il avait alors appelé à concevoir une communauté de vie pour l’homme et la nature, en plaçant la préservation du fleuve au cœur d’un développement pérenne pour la nation.
Forte de cette orientation, Jiujiang a engagé une restructuration majeure de sa frange littorale sur 11 km. Les quais industriels ont disparu, remplacés par une voie verte reliant des vestiges historiques.
Reconfiguration de l’espace urbain
Habitant depuis toujours à Jiujiang, Pan Li a vécu ces mutations au quotidien. Il se remémore la laideur du paysage d’autrefois. Les ruelles étroites et les bâtiments vétustes bloquaient la vue et empêchaient les habitants d’accéder aux berges. Les ressources du littoral étaient alors monopolisées par les activités industrielles.
Une vaste opération d’assainissement a inversé la tendance avec la fermeture de 74 quais et de 37 usines chimiques situées à moins d’un kilomètre du fleuve, ainsi que le traitement de 876 points de rejet d’eaux usées. Les ateliers de production ont été reconvertis en zones humides et en parcours piétons.
Ces surfaces libérées ont permis la création du Parc culturel national du Changjiang. Selon Zhang Weiguang, directeur général du Groupe de développement touristique de Jiujiang, le projet s’articule autour d’un axe majeur reliant trois monuments historiques (Pavillon Pipa, Tour Xunyang et Tour Suojiang). Aujourd’hui, une passerelle suspendue intègre haltes culturelles, bibliothèque Pipa, belvédères, etc. Cette promenade culturelle est gratuite et ouverte à tous, restituant pleinement le fleuve et ses berges aux citoyens.
Expériences culturelles immersives
Une fois tous ces aménagements réalisés, il s’agissait de faire revivre l’histoire. La municipalité a écarté le modèle de conservation figé. Les trois monuments phares ont donc été revitalisés pour devenir de véritables lieux d’expérience.
Le Pavillon Pipa constitue le cœur poétique de la ville, rendu célèbre par Le Chant du pipa de Bai Juyi, célèbre poète de la dynastie des Tang (618-907). M. Zhang explique que l’équipe d’aménagement a fait le choix de préserver l’architecture d’origine sans démolition majeure. À l’intérieur, un pavillon numérique immersif dédié à Bai Juyi recrée, grâce à l’holographie, la scène classique des adieux nocturnes au bord du fleuve. À la nuit tombée, un spectacle son et lumière captivant est projeté sur l’édifice.
Toute l’année, le parc propose des activités culturelles gratuites (spectacles de style traditionnel, concerts d’instruments anciens, cercles de poésie, etc.). Les édifices historiques ouvrent régulièrement leurs portes pour des événements publics, tandis que la bibliothèque Pipa met des livres gratuitement à disposition. Les monuments ne sont plus des étapes touristiques isolées, mais des espaces vivants intégrés au quotidien des habitants.
Afin de préserver ce patrimoine sur le long terme, des règles strictes ont été établies. M. Zhang indique que toute activité commerciale est soumise à une zone tampon stricte limitant la nature des commerces pour éviter d’altérer les monuments et le paysage environnant. Un suivi régulier permet de contrôler l’état des édifices, excluant toute commercialisation excessive pour garantir la transmission pérenne de cet héritage.
Cette approche affiche des résultats probants. Depuis son ouverture progressive, la zone touristique a accueilli plus de 6,2 millions de visiteurs, franchissant le seuil des 2 millions pour la seule année 2025.
Développement durable
L’aménagement du Parc culturel national du Changjiang à Jiujiang repose sur une vision profonde de coexistence entre la ville et le fleuve. En alliant protection écologique, transmission culturelle et renouvellement urbain, la ville se réinvente en s’appuyant sur la dynamique de l’écologie et de la culture, proposant ainsi une référence pour l’avenir du bassin du Changjiang.
Généralement, le flux ininterrompu de visiteurs qui emprunte la voie verte s’aventure ensuite au cœur du quartier historique de la rue Dazhong. Les croisières sur le fleuve et les illuminations de la berge stimulent l’économie nocturne.
L’économie fluviale autrefois centrée sur la manutention portuaire cède la place à une économie verte alliant tourisme écologique, services culturels et loisirs urbains, réorientant la structure industrielle locale dans le sens de la préservation du Changjiang.
Au-delà de l’aspect économique, la véritable valeur réside dans ce cercle vertueux où la transmission culturelle nourrit la protection du fleuve. Sur le tronçon du Changjiang à Jiujiang, l’eau maintient une excellente qualité, classée en catégorie II, depuis sept années consécutives. Dans ce cadre paisible, des marsouins du Yangtsé réapparaissent et s’ébattent dans les vagues, témoignant de l’harmonie retrouvée entre l’homme et la nature.
En faisant de son patrimoine historique un atout majeur, Jiujiang valorise son rayonnement culturel au service d’un urbanisme de qualité. Le fleuve devient ainsi bien plus qu’une voie navigable stratégique ou un couloir écologique : un axe majeur de transmission et de rayonnement de la civilisation, appelé à perdurer.
ZHANG XIAO, journaliste à La Chine au présent
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