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  2026-10-31
 

L'écho 
des dunes

VOL. 18 / NOVEMBRE 2026 par MA LI  ·   2026-10-31
Mots-clés: reverdissement du désert ; Chine

Destins croisés d’un Américain et d’une Chinoise liés par le reverdissement du désert en Chine 

Le 24 août, Ronald Sakolsky (à droite), en compagnie de Yin Yuzhen (à gauche) et son époux, pose devant un arbre qu’ils ont planté lors de sa première visite. (COURTOISIE) 

Le 3 septembre au matin, Yin Yuzhen a raccompagné Ronald Sakolsky à Beijing. Dix jours plus tôt, elle accueillait son ami américain dans sa forêt au cœur du désert de Mu Us. 

Il y a 40 ans, cette portion du désert était un enfer de sable où rien ne semblait pouvoir pousser. Peu après son mariage, Mme Yin, originaire du Shaanxi, a déménagé dans la bannière d’Uxin à Ordos (Mongolie intérieure). Le vent y soufflait sans répit et l’isolement était pesant. C’est à cette époque qu’elle a décidé de se lancer dans la plantation d’arbres. En 40 ans, plus de 70 000 mu (4 666,7 hectares) ont été boisés par ses soins. 

« Cette forêt n’est pas née du hasard. Elle est le fruit de la persévérance de plusieurs générations de pionniers comme Mme Yin », explique Wu Dan, directrice adjointe du Département de la communication du comité du Parti communiste chinois pour la bannière d’Uxin. Cette alliance entre engagement individuel et soutien public a permis de verdir 85 % du désert de Mu Us. La méthode chinoise de lutte contre la désertification est aujourd’hui reconnue par le Programme des Nations unies pour l’environnement comme modèle mondial. L’histoire de Mme Yin en est l’incarnation la plus juste. 

Yin Yuzhen et son époux entourent Ronald Sakolsky (au centre) lors de sa première visite dans la bannière d’Uxin, à Ordos (Mongolie 

intérieure), en 2000. (COURTOISIE)

Un engagement sans faille 

Tout a commencé en 1999. À l’époque, M. Sakolsky, enseignant d’anglais à Luoyang (province du Henan), a découvert Mme Yin dans un reportage télévisé. Marqué par la détermination de cette femme, il a décidé d’ouvrir une cagnotte aux États-Unis pour soutenir sa ténacité et réussi à collecter 5 000 dollars en deux mois. 

Cet argent a permis à Mme Yin d’acheter des plants de première qualité qu’elle a plantés un à un. Plus tard, elle a fait dresser une stèle gravée en l’honneur de M. Sakolsky. 

La première visite de l’enseignant américain dans le désert de Mu Us remonte à l’an 2000. Lors de la mise en terre d’un jeune peuplier de plus d’un mètre de haut, il a secoué la tête, sceptique : « À mon avis, cet arbre n’a aucune chance de survivre. » Mme Yin n’a rien répondu, déterminée à prouver le contraire. 

Le 23 août, M. Sakolsky, âgé de 76 ans, est revenu en Chine à l’invitation de l’Association d’échanges internationaux pour l’éducation de la Chine. Pendant plusieurs jours, Mme Yin lui a fait parcourir cette terre qu’il avait jugée incapable de porter la vie. Ils ne parlent pas la même langue, mais un regard leur suffit pour se comprendre. 

Le 24 août, il a enfin pénétré dans la forêt qui porte son nom. Le jeune peuplier chancelant d’autrefois mesure aujourd’hui plus de 10 m de haut. Ensemble, ils ont planté un nouvel arbre pour marquer la deuxième visite de l’Américain. 

Yin Yuzhen prend soin d’un jeune arbre, le 20 mai. (XINHUA)  

Un lien entre deux mondes 

L’histoire a rapidement traversé les frontières pour être racontée à la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, qui se tenait à Oulan-Bator, en Mongolie. Au Pavillon de la Chine, Andrea Meza Murillo, secrétaire exécutive adjointe de la Convention, a tenu à saluer cet effort. « La persévérance d’un individu et la solidarité internationale peuvent accomplir des choses immenses. Comme Mme Yin, des millions de Chinois participent à la reforestation et à la protection de l’environnement de leur propre initiative. » 

Farid Mohamed Ahmed, étudiant égyptien venu rencontrer Mme Yin, témoigne : « Dans ma région, la désertification est également un problème. En voyant ce qui a été accompli ici, je me dis qu’avec les mêmes techniques, nos déserts pourraient devenir aussi beaux. » 

Aujourd’hui, les arbres du désert de Mu Us s’étendent à perte de vue. Pour les générations à venir, Mme Yin a un vœu simple : allier technologie et nature pour faire prospérer fermes, forêts et pâturages. 

De retour aux États-Unis, M. Sakolsky réfléchit déjà à la manière de renforcer la sensibilisation. « Sans les programmes d’échange d’enseignants, je ne serais jamais venu en Chine. Pour améliorer les relations entre les deux pays, il faut commencer par les enfants et les étudiants. » 

Il y a 40 ans, Mme Yin a commencé à planter des arbres et aujourd’hui, c’est une forêt entière qui lui répond. Et son écho traverse les dunes du désert de Mu Us pour résonner bien au-delà des océans.

MA LI, journaliste à La Chine au présent 

 
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