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Chine
  2016-06-06
 

Raviver la flamme

par He Wenping | VOL.8 JUIN 2016 CHINAFRIQUE
Mots-clés: 60 ans;relations Chine-Égypte

Le Président chinois et son homologue égyptien, lors de sa visite d’état en égypte en janvier 2016

 

Le 30 mai 1956, l’Égypte est devenue le premier pays arabe et la première nation africaine à reconnaître et établir des relations diplomatiques avec la jeune République populaire de Chine. En novembre 2006, le 50e anniversaire de ces relations était commémoré lors de la Conférence ministérielle triennale du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA), forum enrichi de huit nouvelles initiatives pour renforcer la coopération Chine-Afrique lors du sommet de Beijing. Marquant l’importance du 60e anniversaire de l’établissement des relations sino-égyptiennes, le Président chinois Xi Jinping s’est rendu en Égypte lors de ses premières visites d’État début 2016. Tout semble indiquer que les relations entre les deux pays vont s’approfondir et se renforcer dans de nombreux domaines. 

  

Aider ses amis 

L’amitié entre la Chine et l’Égypte remonte à la conférence de Bandung en 1955, quand le Premier ministre chinois, Zhou Enlai, et le Président égyptien Gamal Abdel Nasser, ont posé les bases de cette relation. Depuis l’établissement des relations diplomatiques, la coopération bilatérale n’a cessé de se renforcer et a résisté aux aléas des relations internationales. Il y a 60 ans, la Chine a soutenu l’Égypte contre les forces britanniques et françaises, pour aider le pays à restaurer sa souveraineté sur le canal de Suez. Soixante ans plus tard, alors que les Égyptiens tentaient de rétablir la stabilité politique et de relancer le développement économique du pays, après l’instabilité causée par le Printemps arabe, la Chine a été un soutien essentiel. Le meilleur moyen d’évaluer la sincérité d’une amitié est de regarder les faits. Le commerce bilatéral a connu une augmentation annuelle de 26,5 %, atteignant les 8,8 milliards de dollars en 2011, alors que l’économie égyptienne souffrait sévèrement de l’instabilité politique. La même année, les investissements directs de la Chine en Égypte s’élevaient à 82,8 millions de dollars, une augmentation de 60,4 % par rapport à l’année précédente. 

En tant que puissance régionale au Proche-Orient et en Afrique du Nord, l’Égypte a joué un rôle essentiel dans la promotion des relations sino-africaines et sino-arabes. Une plate-forme de dialogue entre la Chine et les pays arabes a été mise en place lors de la création du Forum sur la Coopération sino-arabe, en 2004. En novembre 2009, l’Égypte préside la 4e Conférence ministérielle du FCSA, dans sa ville côtière de Charm el-Cheikh. Fin 2014, la Chine et l’Égypte signent un partenariat stratégique global. En septembre 2015, le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, se rend en Chine pour la deuxième fois de son mandat pour assister à la parade militaire commémorant le 70e anniversaire de la victoire dans la Guerre de Résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise. Les soldats égyptiens étaient la seule formation africaine ou arabe à participer à la parade place Tienanmen à Beijing, preuve de la profonde amitié entre les deux pays. 

  

Nouveau départ 

La visite du Président Xi Jinping en Égypte, début 2016, ouvre un nouveau chapitre dans l’amitié sino-égyptienne, renforçant la confiance politique et diplomatique et la coopération économique. Sur le plan politique et diplomatique, les deux pays ont échangé leurs points de vue sur des questions de gouvernance et sur les principaux enjeux régionaux et internationaux.  

Pendant sa visite en Égypte, le Président Xi s’est exprimé au siège de la Ligue arabe, exposant la politique de la Chine vis-à-vis des pays arabes. Parmi les sujets évoqués : la promotion de la paix et de la stabilité régionale, la mise en place d’une coopération gagnant-gagnant dans le cadre de l’initiative « une Ceinture et une Route », et la volonté de contribuer à la résolution de la question palestinienne de manière juste et raisonnable. Au lieu de chercher un représentant au Proche-Orient, la Chine veut encourager les négociations de paix dans la région, a insisté Xi. Le Président a aussi affirmé que la Chine ne chercherait pas à créer une quelconque aire d’influence ou à remplir un quelconque « vide » dans la région, mais travaillerait à la création d’un partenariat de coopération pour développer la région, les échanges culturels et apprendre les uns des autres.  La coopération économique était au cœur des discussions avec le partenariat stratégique global et l’initiative « une Ceinture et une Route ». Pendant la visite du Président chinois, 21 accords bilatéraux d’une valeur de 10 milliards de dollars ont été signés pour accroître la coopération dans les domaines de l’approvisionnement d’électricité, la construction d’infrastructures, le commerce, l’énergie, la finance, l’aérospatial, la culture, les technologies et le changement climatique. Les accords incluent un contrat de 2,7 milliards de dollars dédiés à des projets de construction pour la nouvelle capitale administrative égyptienne, avec 1 milliard de dollars prêtés à l’Égypte, et une coopération bilatérale dans les infrastructures, dans le cadre des projets menés par la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII). Ces investissements seront le fer de lance de la coopération sino-égyptienne et permettront de développer énormément le commerce bilatéral et la coopération économique. 

  

Un modèle de coopération  

Par sa position, en Asie et en Afrique, et face à l’Europe par la Méditerranée, l’Égypte est une nation clé pour la nouvelle Ceinture économique de la Route de la Soie et la Route de la Soie maritime du XXIe siècle. L’initiative « une Ceinture et une Route » peut profiter du développement en parallèle du projet de Corridor du canal de Suez. De nombreuses opportunités pour la coopération bilatérale dans les infrastructures et dans l’industrie sont créées par la volonté égyptienne de développement économique et la restructuration de l’économie chinoise. Les deux pays peuvent donc être des modèles de coopération pour l’initiative « une Ceinture et une Route ». L’Égypte est riche en main d’œuvre, sa position géographique est idéale et sa population est éduquée, mais elle manque d’infrastructures, son industrie manufacturière est faible et sa capacité industrielle et ses réserves de change sont insuffisantes. De son côté, la Chine, deuxième économie mondiale, possède d’abondantes réserves de change, une importante capacité d’investissement et une grande expérience et expertise qu’elle peut mettre au service de son partenaire égyptien pour soutenir son industrialisation.    

En septembre 2015, les deux pays ont décidé d’approfondir leur coopération pour l’augmentation des capacités de production et ont établi le programme des projets clés lors de la visite du Président Sissi en Chine. En janvier 2016, la société State Grid Corp of China et le ministère égyptien de l’Electricité et des Énergies renouvelables ont conclu un accord de 5,1 milliards de yuans (784 millions de dollars), pour augmenter la puissance d’approvisionnement du pays dans le delta du Nil et la région au sud du delta. Il s’agit du premier projet dans le cadre de la coopération Chine-Égypte dédié à la capacité de production. Lorsqu’il sera finalisé, le réseau national d’électricité et la sécurité seront grandement renforcés.   

L’Égypte a lancé son projet de Corridor du canal de Suez en 2014, visant à transformer l’espace longeant le canal sur 190 km en hub économique international, avec des capacités portuaires, logistiques, des zones commerciales et des parcs industriels. La zone économique et commerciale Chine-Égypte de Suez, située au golfe de Suez, fait partie de ce projet et jouera un rôle central pour promouvoir la coopération bilatérale, faciliter des transferts industriels et encourager le développement économique égyptien. La zone a aujourd’hui déjà attiré presque tous les entrepreneurs chinois investissant en Égypte, notamment la société Jushi Egypt for Fiberglass Industry, qui a investi 223 millions de dollars dans le pays. Il s’agit du plus grand projet d’investissement chinois dans la fibre de verre en dehors de Chine, et c’est aussi le plus grand investissement industriel d’une entreprise chinoise en Égypte, utilisant de l’équipement de pointe. Du développement du réseau d’électricité à la production de fibre de verre, en passant par la promotion de la connectivité et le renforcement de la coopération industrielle, la Chine et l’Égypte semblent partager des objectifs stratégiques et une philosophie de  développement.

  

(L’auteure est chercheuse à l’Institut Charhar et à l’Institut d’études africaines et ouest-asiatiques de l’Académie des sciences sociales de Chine.) 

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