| 2023-08-10 |
Renforcer la cohésion |
| VOL. 15 AOÛT 2023 par David Monyae · 2023-08-10 |
| Mots-clés: BRICS |
Les pays BRICS doivent solidifier leur unité interne et leur solidarité afin d’éviter de succomber aux intrigues du récit occidental.

Des officiers et soldats de la 42e flotte d’escorte navale chinoise, participant à un exercice maritime conjoint orchestré par la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud, saluent la foule rassemblée au port de Richards Bay, en Afrique du Sud, le 19 février. (XINHUA)
Au cours des quinze dernières années, le groupe BRICS a brillamment rempli sa mission originelle, celle de modeler un nouveau paradigme pour le développement mondial. L’endurance et l’attraction croissante du groupe, comme en témoigne l’intérêt manifesté par de nombreux pays pour y adhérer, ont stupéfié bon nombre de sceptiques qui avaient rapidement discrédité son mécanisme, prévoyant son effondrement imminent sous le poids des divergences politiques, culturelles et historiques existantes lors de sa formation.
L’expansion rapide de l’influence économique et géopolitique des pays BRICS a perturbé l’Occident, dont l’emprise sur l’ordre mondial a commencé à vaciller. Logiquement, l’Occident a redoublé d’efforts pour tenter de diviser et d’affaiblir les pays BRICS à chaque occasion se présentant. En mai dernier, deux membres des BRICS, l’Inde et le Brésil, ont été conviés au Sommet du G7 où des tentatives ont été faites pour les inciter à prendre position dans le conflit russo-ukrainien en cours. Le Président français, Emmanuel Macron, a allégué que le Sommet du G7 a offert au Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, également présent, l’opportunité de « s’adresser aux puissances mondiales qui, parfois, ne sont exposées qu’à un seul discours. Et je dis cela quelques semaines seulement avant un sommet des BRICS ».
Ce stratagème occidental cherche à diviser les BRICS sur la question du conflit russo-ukrainien en exerçant une pression sur d’autres membres du groupe pour qu’ils rejoignent l’isolement de la Russie. Les membres des BRICS ont toujours maintenu une position de non-alignement sur le conflit russo-ukrainien, arguant que seuls des pourparlers pacifiques et la diplomatie rétabliront la paix entre la Russie et l’Ukraine.
L’Afrique du Sud a également été soumise à des pressions considérables de la part des États-Unis pour sa position neutre sur le conflit russo-ukrainien. Au cours des derniers mois, les États-Unis ont critiqué l’Afrique du Sud pour avoir organisé un exercice militaire naval avec deux de ses partenaires BRICS, la Chine et la Russie, dans les eaux territoriales sud-africaines. Les États-Unis ont également accusé l’Afrique du Sud de fournir des armes à la Russie et ont menacé en conséquence de suspendre la participation de l’Afrique du Sud à l’African Growth and Opportunity Act, grâce auquel de nombreuses entreprises sud-africaines bénéficient d’un accès en franchise de droits au marché américain.
L’Afrique du Sud a également été mise sous pression quant à la façon dont elle devrait gérer la présence du Président russe Vladimir Poutine, contre lequel la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt, lors de sa participation au Sommet des BRICS en août. Certains pays et le principal parti politique d’opposition d’Afrique du Sud, l’Alliance démocratique, ont appelé l’Afrique du Sud à arrêter M. Poutine. Les États-Unis ont également lancé des avertissements sévères à l’Inde concernant son achat de pétrole russe faisant l’objet de sanctions occidentales. Toutes ces actions orchestrées font partie d’un effort soutenu pour diviser et affaiblir les pays BRICS et entraver leur défi à l’hégémonie mondiale de l’Occident.
Dernièrement, l’Occident a saisi avec empressement l’occasion offerte par la malheureuse rébellion du groupe militaire privé russe, le groupe Wagner. Ce dernier, qui combat aux côtés des forces russes en Ukraine, s’est engagé dans une rébellion lorsque certaines de ses forces se sont dirigées vers Moscou le 23 juin. La prétendue rébellion a été causée par des divergences entre les dirigeants du groupe Wagner et les chefs militaires russes sur la gestion de la campagne en Ukraine.
Le 24 juin, face aux accusations de trahison de
M. Poutine et à une répression promise, le groupe Wagner a cessé son avancée. Les médias occidentaux ont interprété cette insurrection comme un signe de faiblesse et d’instabilité au sein de l’État russe, suggérant que son Président pourrait être en train de perdre son contrôle sur le pouvoir. Rapidement, des débats ont émergé sur l’impact que pourrait avoir cette mutinerie sur les relations entre la Russie et ses partenaires. Certains ont avancé que les autres pays BRICS pourraient éprouver des difficultés à faire confiance à la Russie en vue de construire un ordre mondial alternatif, si son gouvernement ne parvenait pas à maintenir son autorité sur son propre territoire.
Depuis des décennies, la Russie est perçue comme un bastion contre l’hégémonie occidentale. Pourtant, face à la récente rébellion, la Russie a su adopter une attitude mesurée en minimisant son impact, et la Chine a affirmé son soutien à la stabilité nationale russe et qualifié cette éphémère insurrection en Russie de question interne, soulignant la capacité du gouvernement russe à la résoudre par lui-même. Il est crucial que les pays BRICS ne se laissent pas influencer par les récits occidentaux soigneusement orchestrés visant à instiller la méfiance entre eux. Un exemple révélateur s’est produit en octobre dernier, lorsque l’ambassade des États-Unis en Afrique du Sud a émis un avertissement non conventionnel concernant une attaque terroriste imminente, avertissement rapidement démenti par les autorités sud-africaines. Ce type d’incidents, savamment calculés, vise à affaiblir l’image des pays BRICS et à provoquer des divisions et une méfiance envers le groupe.
L’auteur est directeur du Centre d’études Afrique-Chine de l’Université de Johannesburg, Afrique du Sud.