2025-08-01 |
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VOL. 17 / AOÛT 2025 par GE LIJUN · 2025-08-01 |
Mots-clés: Beijing ; haut lieu de l’innovation |
Le robot Booster T1 de Booster Robotics participe à une démonstration de football en un contre un au Robot World, dans la Zone de développement économique et technologique de Beijing, le 17 juin. (XINHUA)
Des bus autonomes glissant dans les rues, aux satellites dotés d’ailes solaires flexibles s’élançant dans l’espace, en passant par des usines intelligentes de véhicules électriques en pleine effervescence… Ces dernières années, Beijing a vu émerger une multitude d’entreprises technologiques de pointe, affirmant son rôle de creuset de l’innovation scientifique en Chine.
Le 12 juin, l’Institut Startup Genome, référence mondiale en matière d’écosystèmes entrepreneuriaux, a publié son Rapport mondial 2025 sur les écosystèmes d’innovation. Beijing y gagne trois places, atteignant la 5e position ex æquo avec Boston, devenant la seule ville chinoise à figurer dans le top 5 mondial. Ce classement salue la convergence entre soutien public volontariste, excellence académique et dynamisme financier, propice à l’essor de nouveaux leaders mondiaux.
Un terreau politique fertile
Le rapport met en lumière la robustesse de la base d’innovation de Beijing, devenue un pôle technologique majeur, grâce notamment à un appui stratégique fort des pouvoirs publics.
En 2016, alors que Google et Uber s’affrontaient sur le terrain de la conduite autonome et que Tesla lançait son système Autopilot, Wu Gansha, alors quadragénaire, a saisi l’occasion pour fonder la start-up UISEE. « Dès le départ, nous visions un système de conduite autonome de niveau L4 », confie-t-il à CHINAFRIQUE. Deux ans plus tard, l’entreprise a fait un choix stratégique : abandonner la fabrication de véhicules pour se concentrer sur la R&D. Neuf ans après sa création, UISEE est devenue un véritable « chauffeur intelligent » au service de nombreux secteurs.
Son système autonome L4, sécurisé et polyvalent, associe intelligence artificielle (IA) et scénarios d’usage variés. Plus de 1 000 véhicules ont déjà parcouru plus de 5,8 millions de kilomètres sans intervention humaine, avec des applications jusqu’à Singapour et au Moyen-Orient. UISEE a notamment participé à la création du premier aéroport intelligent entièrement autonome au monde, à Hong Kong, couvrant l’ensemble de la chaîne d’innovation.
Cette ascension n’aurait pas été possible sans le soutien actif des politiques publiques. La municipalité de Beijing a mis en place des dispositifs pour stimuler l’innovation de rupture, relever les défis technologiques stratégiques et promouvoir un modèle de coopération reposant sur un triptyque : entreprises identifiant les besoins, gouvernement fournissant les plateformes, et talents répondant aux appels.
M. Wu se souvient des difficultés rencontrées pendant la pandémie. C’est pourtant à cette période que l’entreprise remporte le premier prix du programme de soutien du ministère de l’Industrie et de l’Informatisation, lui permettant de poursuivre ses travaux de R&D. Avec l’appui de la Commission municipale des sciences et technologies et du Comité de gestion de Zhongguancun, haut lieu de l’innovation à Beijing où l’entreprise est implantée, UISEE surmonte des verrous techniques et élargit ses applications. « À Beijing, le soutien public est ciblé et professionnel, couvrant toute la chaîne de valeur : recrutement, recherche, industrialisation, expansion internationale. Cela nous donne confiance dans l’avenir de la conduite autonome », confie M. Wu.
UISEE figure parmi les 297 équipements de première série reconnus par Beijing, qui couvrent des domaines comme la santé, la robotique ou l’aérospatiale. « Au départ, ces technologies coûtent cher, mais subventions et assurances ont levé les barrières », souligne M. Wu. Des événements dédiés ont facilité leur diffusion. UISEE illustre l’essor des start-up attirées par l’objectif municipal de dépasser les 10 000 entreprises innovantes. Un fonds de 125 millions de yuans (17 millions de dollars) soutient la modernisation numérique de plus de 550 entreprises.
Beijing a profité de la Conférence chinoise sur l’IA 2024 pour lancer un consortium public-privé dédié aux grappes de calcul « ultra-nœud », visant à repousser les limites des modèles d’IA. En novembre dernier, China Unicom Beijing et Huawei ont inauguré le premier réseau intelligent 5G-A au monde, renforçant les capacités de communication pour la recherche de pointe.
La flotte de véhicules autonomes multiscénarios d’UISEE, à Beijing, le 16 juin. (CNSPHOTO)
Ouverture et partage des ressources
Selon le rapport, Beijing compte 46 entreprises d’IA cotées en Bourse, totalisant une capitalisation de près de 4 300 milliards de yuans (591 milliards de dollars).
La ville accélère sa métamorphose en « capitale mondiale de l’open source », portée par un écosystème en pleine expansion dans des domaines tels que la robotique et les neurosciences. Elle compte plus de 2 400 entreprises spécialisées en IA, un secteur clé pesant près de 350 milliards de yuans (49 milliards de dollars), soit la moitié du total national. Avec 132 grands modèles d’IA homologués, Beijing détient aussi un record national.
L’Académie de l’intelligence artificielle de Beijing (BAAI) a marqué le domaine de l’IA générale avec sa série WuDao : dès 2021, WuDao 1.0 comblait un vide en Chine, et WuDao 2.0 devenait, trois mois plus tard, le plus grand modèle au monde. Entièrement open source, WuDao 3.0 a, en 2023, franchi un cap en vision et en multimodalité. En juin, la BAAI a lancé la série WuJie, dont RoboOS 2.0 et RoboBrain 2.0, également en libre accès. L’académie collabore avec plus de 20 entreprises internationales et a déjà mis en ligne quelque 200 modèles et 160 jeux de données, totalisant 640 millions de téléchargements.
Han Jian, responsable du bureau des technologies de l’information à Beijing, souligne que la capitale concentre plus de 40 % des talents chinois en IA, ainsi que 21 laboratoires nationaux clés et 23 laboratoires municipaux dédiés aux grands modèles, à l’intelligence incarnée et à la sécurité de l’IA.
Sur le plan stratégique, un plan triennal a été lancé pour développer l’intelligence incarnée, couplé à des initiatives intégrant l’IA aux industries culturelles, ainsi qu’à un programme « IA + nouveaux matériaux » visant à élargir les champs d’application technologique.
« L’IA n’est pas un privilège réservé aux seuls pays développés ou émergents. Son développement doit rester inclusif », souligne M. Han dans un entretien à CHINAFRIQUE. Beijing applique activement l’Initiative pour la gouvernance mondiale de l’IA, proposée par la Chine, afin de promouvoir un développement équitable et partagé.
Du 12 au 17 mai, la 2e édition de l’Atelier international de renforcement des capacités en IA, organisée avec le ministère des Affaires étrangères, a réuni 37 représentants de 34 pays en développement, dont l’Égypte et la Zambie, autour d’applications concrètes dans l’éducation, la santé ou la mobilité.
Les 6 et 7 juin, la Conférence 2025 de la BAAI a quant à elle connu un franc succès, accueillant plus de 8 000 participants sur place et plus de 2 millions de spectateurs en ligne, issus de plus de 30 pays.
« Beijing continuera à approfondir la coopération internationale et à renforcer le dialogue sur la sécurité de l’IA, pour devenir un pôle mondial d’innovation », conclut M. Han. La tenue régulière de grands événements technologiques en témoigne.
Un ouvrier installe des pièces automobiles dans l’atelier d’assemblage final de l’usine de Li Auto à Beijing, le 18 juin. (CNSPHOTO)
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