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  2025-11-11
 

Le lion regarde les étoiles

VOL. 17 / NOVEMBRE 2025 par ALY DIOUF  ·   2025-11-11
Mots-clés: Sénégal

Le Sénégal rejoint la station lunaire chinoise, affirmant ses ambitions spatiales. 

Maram Kairé et Li Guoping signent l’accord actant l’adhésion du Sénégal à la Station internationale de recherche lunaire, à Huangshan, province de l’Anhui, en Chine, le 5 septembre 2024. (XINHUA) 

 

Le siège de l’Agence spatiale africaine a récemment été inauguré au Caire, capitale de l’Égypte. Sa création vise à coordonner les programmes spatiaux des pays africains, à stimuler le développement socio-économique par les technologies spatiales, et à encourager la coopération scientifique ainsi que lexploration de lespace, tant sur le continent quau niveau international. Ces dernières années, l’Afrique a multiplié les initiatives en faveur de l’essor de ses activités spatiales. À ce jour, 22 pays africains disposent de leur propre agence spatiale, parmi lesquels le Sénégal, qui a lancé en mars 2023 l’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES). 

Depuis plusieurs années, le Sénégal investit dans le développement de son secteur spatial, notamment dans les domaines de la télédétection, de la géomatique, de la surveillance des cultures et des sols, ainsi que de l’astronomie. Après le lancement de son premier satellite en 2024, le pays a franchi un nouveau cap en signant un accord de coopération avec la Chine pour participer à la Station internationale de recherche lunaire (SIRL). Ce projet, prévu pour 2035, marque une étape décisive dans l’exploration spatiale sénégalaise. 

  

Viser la Lune 

Le Sénégal a officialisé son entrée dans la SIRL le 5 septembre 2024, en signant un accord de coopération avec la Chine via l’ASES et l’Administration spatiale nationale de Chine (ASNC). La signature a eu lieu lors de la 2e Conférence internationale sur l’exploration de l’espace profond, à Huangshan, dans la province chinoise de l’Anhui. Réunissant plus de 400 experts venus de divers pays, l’événement s’est tenu sous le thème : « Consultation, Co-construction et Partage », autour du projet ambitieux de la station lunaire. 

La Chine ambitionne de bâtir, d’ici 2035, une base robotisée sur la Lune, à l’aide de cinq lancements successifs destinés à établir un système énergétique, de communication et d’infrastructures essentielles. Les premières missions démarreront en 2028, tandis qu’une station étendue, capable d’accueillir des équipages humains sur le long terme, est projetée pour 2045. Cette coopération avec la Chine intervient à peine un an après la création de l’ASES et le lancement du tout premier nanosatellite sénégalais, témoignant de la volonté du pays de s’imposer comme un acteur de premier plan dans l’écosystème spatial mondial. 

« Cette collaboration permettra, à moyen et long terme, de renforcer nos ressources humaines, de développer des infrastructures et de bénéficier d’un transfert de technologies pour les générations futures », a déclaré l’astrophysicien Maram Kairé, directeur général de l’ASES, lors de la signature d’un protocole d’accord avec son homologue chinois Li Guoping, ingénieur en chef de l’ASNC. « Le secteur spatial servira non seulement le développement national par des produits et services utiles à l’État et aux populations, mais jouera aussi un rôle stratégique dans la maîtrise technologique de notre pays », atil poursuivi. Laccord prévoit également la formation de scientifiques et dingénieurs sénégalais qui participeront à des missions lunaires et sintègreront aux réseaux de recherche internationaux. 

  

Orbites partagées 

La coopération sinosénégalaise dans le domaine spatial sinscrit dans une vision plus large : faire de lespace un moteur de développement durable, aux retombées économiques, sociales et environnementales. Lexploration lunaire pourrait en effet répondre à des enjeux mondiaux majeurs, tels que la gestion des ressources, la surveillance environnementale ou encore la recherche appliquée. 

Ce partenariat ne constitue pas un acte isolé. Il s’inscrit dans la dynamique du Forum sur la Coopération sinoafricaine et de linitiative « la Ceinture et la Route », où la Chine promeut une coopération technologique approfondie avec les pays africains. Quelques jours avant la signature de l’accord, le Président Bassirou Diomaye Faye s’était entretenu à Beijing avec son homologue chinois, Xi Jinping. L’entretien a renforcé leur volonté commune de faire de l’espace un pilier stratégique de la coopération bilatérale et du développement durable. 

Dans ce cadre, la Chine a intensifié sa coopération spatiale avec de nombreux pays africains, ouvrant la voie à des avancées dans les domaines de la prévention des catastrophes, de la gestion environnementale et du développement économique. Le Sénégal rejoint ainsi l’Égypte et l’Afrique du Sud au sein de cette initiative lunaire ambitieuse. Le lancement, en 2023, du Centre de télédétection par satellite illustre également l’engagement de la Chine en faveur d’une collaboration renforcée dans l’espace. Ce centre permettra de mutualiser les données, de créer des produits publics partagés et d’améliorer la surveillance de l’environnement sur le continent. 

  

Un Gaindé en orbite 

Le 16 août 2024, le Sénégal a lancé Gaindesat-1A, son premier nanosatellite. Né de la contraction de « Gaindé » (le lion, totem national) et de « satellite », son nom incarne l’ambition du pays. Mis en orbite depuis la base de Vandenberg, en Californie, à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX, ce CubeSat d’un kilogramme, conçu avec le Centre spatial universitaire de Montpellier, vise à collecter des données environnementales et à fournir des images du territoire sénégalais. 

Fruit d’un partenariat scientifique lancé en 2019, ce projet est dirigé par le Dr Gayane Faye. Il représente la première étape du programme spatial national SenSat, mis en place pour structurer un véritable écosystème spatial. Treize ingénieurs et techniciens sénégalais, formés à Montpellier, en France, ont participé à toutes les étapes du développement de l’appareil. À terme, le programme ambitionne de renforcer les compétences locales, de créer des infrastructures de réception et de traitement des données, et de générer des emplois qualifiés. 

Équipé pour la collecte de données météorologiques et hydrologiques, Gaindesat-1A aidera à mieux gérer les ressources en eau, à optimiser la planification agricole et à surveiller les risques climatiques. Il fournira aussi des images utiles à la sécurité et au renseignement stratégique. Un centre de contrôle à Diamniadio assure le suivi des opérations et l’exploitation des données. Avec ce lancement, le Sénégal devient le 12e pays africain doté d’un satellite, affirmant sa place dans la conquête spatiale du continent. Pour le Président Faye, il s’agit d’« un pas majeur vers la souveraineté technologique ». 

  

Reportage du Sénégal 

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