| 2025-11-11 |
Les moteurs du changement |
| VOL. 17 / NOVEMBRE 2025 par DERRICK SILIMINA · 2025-11-11 |
| Mots-clés: Zambie |
Des motos chinoises créent des emplois en Zambie.

Un conducteur de moto chinoise cherche des passagers pendant les heures de pointe. (COURTOISIE)
Dans les rues vibrantes de Lusaka, capitale de la Zambie, Joel Kangwa enfourche sa moto Haojue rouge. Ce deux-roues n’est pas qu’un simple moyen de transport : c’est ce qui le pousse à se lever chaque matin avec détermination. Il donne un coup de pied sur le démarreur, et le moteur émet un grondement sourd, presque complice. « Travailler comme coursier à moto, c’est un rêve devenu réalité. Je gagne aujourd’hui plus du double de ce que je touchais comme vendeur dans la zone industrielle », confie-t-il.
Alors qu’il entame sa tournée matinale, la brise glissant sur son casque crée un rythme fluide, presque musical, qui renforce son élan et sa vitalité. Chaque virage, chaque accélération témoignent de l’importance de sa moto pour accomplir ses livraisons quotidiennes.
Âgé de 30 ans, M. Kangwa s’est lancé dans le métier de livreur il y a deux ans. Ce travail lui a permis d’acquérir une moto chinoise économe en carburant et facile à entretenir, preuve tangible que l’économie des petits boulots peut favoriser l’ascension sociale et l’acquisition de biens. « Des horaires flexibles et l’absence de supervision directe me donnent un vrai sentiment de liberté. Et grâce à un revenu stable, je me sens utile, autonome et plus serein », ajoute-t-il.
Des résultats encourageants
Dans un pays confronté à un fort taux de chômage, les motos fabriquées en Chine représentent une source de revenus essentielle pour de nombreux jeunes Zambiens. En rejoignant des plateformes de livraison, ils peuvent gagner leur vie en transportant de la nourriture, des fleurs, des appareils électroménagers ou encore des colis, avec une rémunération à chaque course.
Ce modèle stimule l’économie locale tout en créant des emplois flexibles pour une jeunesse souvent confrontée à un avenir incertain. Il contribue à réduire la pauvreté et renforce la résilience économique. « Je ne suis plus à la recherche d’un emploi. Grâce à ma moto, je gagne ma vie, je paie mon loyer, je nourris ma famille et j’arrive même à épargner », souligne M. Kangwa.
À la gare routière de Kapata, dans le district de Chipata, à l’est du pays, Joshua Mwanza, récemment arrivé dans le secteur, constate déjà des résultats positifs avec sa moto Jialing. Sa progression rapide illustre les bénéfices presque immédiats dont peuvent profiter les nouveaux venus dans ce domaine, en particulier grâce aux modèles chinois, réputés fiables et adaptés au transport de passagers. « Après mes études supérieures, j’ai longtemps cherché du travail, sans succès. En voyant le secteur des transports se développer, j’ai décidé de me lancer, après avoir acheté une Jialing d’occasion », explique M. Mwanza.
Pour George Chirwa, jeune apprenti mécanicien, la disponibilité des pièces détachées, notamment celles des marques chinoises, facilite l’entretien et la personnalisation des véhicules. C’est ce qui l’a poussé à ouvrir un garage sur la route Lumumba, à Lusaka, afin de répondre à une demande croissante.
Dans son atelier, le cliquetis des outils, le tintement d’un boulon tombant au sol ou le souffle discret d’un pneu regonflé composent la bande-son de son quotidien. Entouré de motos colorées, M. Chirwa inspecte avec soin des plaquettes de frein usées, un câble d’accélérateur tordu ou une chaîne distendue, avec une assurance de professionnel aguerri. « Aujourd’hui, je ne m’inquiète plus des factures ni du coût de la vie à Lusaka. Grâce à la forte demande en réparations, je bénéficie d’un revenu stable. Les modèles chinois comme Lifan, Haojue, Xianfeng ou Jialing n’ont plus de secrets pour moi », affirme-t-il.

Joshua Mwanza transporte des passagers à moto depuis le centre-ville de Chipata.(COURTOISIE)
Le rôle de l’industrie chinoise
L’expérience de M. Kangwa et de M. Mwanza, tout comme le savoir-faire de M. Chirwa, témoignent de l’impact concret de la fabrication chinoise sur la mobilité et la participation économique en Zambie. L’accessibilité des véhicules et la disponibilité des services d’entretien contribuent à dynamiser l’emploi et l’activité locale, renforçant ainsi le bien-être des communautés.
Avec la hausse des investissements chinois dans l’assemblage de motos sur le continent, y compris en Zambie, plusieurs accords récents conclus lors de la Foire internationale de l’ouest de la Chine ouvrent la voie à une production plus localisée et à de nouveaux débouchés.
La plupart des motos proviennent de Chongqing, pôle mondial de l’industrie motocycliste et symbole du rôle central de la Chine dans la mobilité abordable en Afrique. « L’Afrique est l’un de nos marchés extérieurs majeurs. Au premier trimestre, nous y avons exporté plus de 130 000 motos, pour près de 90 millions de dollars », a indiqué Zhou Chun, directeur du département international de Zonsen Motorcycle.
Avec plus de 5 millions de motos exportées depuis Chongqing, le partenariat commercial contribue à démocratiser la mobilité et transforme progressivement les marchés locaux.
Des accords d’un montant total de 1,65 milliard de yuans (232 millions de dollars) ont été conclus avec plusieurs pays africains, dont le Rwanda et le Kenya, pour l’assemblage de motos et de voitures, ainsi que la fabrication de pièces détachées.
Ces coopérations illustrent comment l’essor industriel chinois redessine les chaînes de production et s’inscrit dans une dynamique plus large de développement industriel sino-africain.
Dans ce cadre, une délégation chinoise a récemment manifesté son intérêt pour implanter une usine d’assemblage à Kapiri Mposhi, carrefour de la Zambie situé à l’intersection du chemin de fer TAZARA, de Zambia Railways et de plusieurs axes routiers stratégiques.
Ce projet prolonge les investissements chinois en faveur de l’industrialisation, du transfert de technologies et du développement local. « Notre district possède des atouts uniques pour accueillir votre activité industrielle », a déclaré Brilliant Munyeke, président du conseil municipal de Kapiri Mposhi, aux investisseurs chinois. Il a souligné les retombées positives attendues : création d’emplois, amélioration des transports et affirmation du rôle de Kapiri Mposhi comme pôle industriel et d’innovation.
Reportage de Zambie