| 2026-01-05 |
Un avant et un après |
| VOL. 18 / JANVIER 2026 par DERRICK SILIMINA · 2026-01-05 |
| Mots-clés: Tanzanie ; pont Magufuli |
En Tanzanie, les infrastructures chinoises stimulent le commerce et facilitent les déplacements.

Vue du pont Magufuli (Mwanza) en Tanzanie, le 19 juin 2025. (XINHUA)
À Kigongo (nord-ouest de la Tanzanie), la poissonnière Neema Aisha se souvient de sa pêche fraîche qui se gâtait le matin pendant qu’elle faisait la queue pour le ferry, une situation qui mettait son commerce en péril.
« Tous les jours, la même situation se répétait inlassablement : mes poissons pourrissaient à cause de la chaleur du soleil qui faisait fondre la glace, ce qui engendrait fatalement une baisse de mes revenus », confie Mme Aisha à CHINAFRIQUE.
Mais désormais, le pont Magufuli, construit par la Chine et reliant Kigongo (région de Mwanza) à Busisi (région de Geita), lui permet de faire la traversée tranquillement par la route, en camionnette.
Elle utilise des récipients isothermes qui conservent idéalement ses poissons pendant le transport, garantissant fraîcheur et qualité sur son étal au marché dans le district de Sengerema. Le pont a considérablement réduit son temps de trajet et lui a apporté un sentiment de sécurité et de maîtrise de son activité. « Mon stock de poissons arrive maintenant dans un état impeccable. Mon stress a bien diminué, tout comme le gaspillage de ma marchandise causé par les longues files d’attente pour prendre le ferry ou pire, les retards sur les horaires d’embarquement. Aujourd’hui, mes clients se disent satisfaits car ils peuvent compter sur la fiabilité de l’approvisionnement. »
Baba Juma, torréfacteur de café à Busisi, partage cet avis. Auparavant, c’était l’angoisse quotidienne de voir s’estomper l’arôme des grains fraîchement torréfiés dans la file d’attente pour monter dans le ferry.
« Plus les heures passaient, plus je voyais mes bénéfices fondre comme neige au soleil. Mais tout cela fait maintenant partie du passé ! Quand je m’engage sur le pont, je sens la brise du matin par la vitre de ma voiture et j’entends le ronronnement assuré du moteur », confie-t-il à CHINAFRIQUE. « Finie la frustration causée par les pertes de temps et d’argent. Maintenant, mon activité progresse aussi vite que la circulation sur cette nouvelle structure. »
Aux yeux des entrepreneurs locaux, le pont Magufuli (également nommé pont Kigongo-Busisi) est bien plus qu’un ruban colossal d’acier et de béton. C’est un symbole tangible d’opportunités, transformant les difficultés quotidiennes de la ville en succès concret.
Une mobilité accrue
Construit sur le lac Victoria, le pont Magufuli marque une nouvelle étape importante dans le développement des infrastructures tanzaniennes. Long de 4,66 km et doté d’une travée à haubans extradossée de 520 m, il constitue le plus long pont de ce type en Afrique. Route express à quatre voies, ce carrefour de circulation stratégique est destiné à dynamiser le commerce, le tourisme et l’agriculture dans toute la région.
Selon les experts, l’amélioration de la connectivité a déjà favorisé les échanges régionaux avec les pays voisins tels que l’Ouganda, le Rwanda et le Kenya, intégrant ainsi davantage la Tanzanie au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est et stimulant l’activité économique interrégionale.
Le pont a réduit le temps de traversée du lac de deux heures à seulement cinq minutes, facilitant la circulation des biens et des personnes, stimulant le commerce et réduisant les coûts de transport pour les commerçants et les usagers.
Le ministre tanzanien des Travaux publics, Abdallah Hamis Ulega, l’a qualifié de projet d’importance historique lors d’une récente visite. Construit grâce à un investissement gouvernemental de plus de 700 milliards de shillings tanzaniens (282 millions de dollars), le pont représente, selon lui, une étape majeure dans le développement des infrastructures en Afrique de l’Est.
Promettant une mobilité accrue, des échanges commerciaux dynamisés et des liens régionaux renforcés, le pont a été qualifié de projet d’infrastructure phare pour le pays par la Présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan.
Le pont symbolise le progrès et les perspectives d’avenir pour la Tanzanie et l’Afrique de l’Est dans son ensemble. Il honore l’héritage du défunt Président John Magufuli, dont le leadership était axé sur les infrastructures, et établit une référence pour les projets futurs sur le continent. Lors de son inauguration, l’ambassadrice de Chine en Tanzanie, Chen Mingjian, a affirmé qu’il s’agissait d’un projet phare de l’initiative « la Ceinture et la Route ».
Construit par la China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) et la China Railway 15th Bureau Group Corporation, le pont fait appel à des techniques d’ingénierie de pointe, qui lui permettent de supporter un trafic à grande vitesse et des charges importantes.
De nouvelles opportunités
Ce nœud de transport stratégique devrait dynamiser les secteurs d’activité environnants et bénéficier à plus d’un million d’habitants vivant autour du lac Victoria.
« Cela réduit considérablement les coûts de traversée du lac de 10 à 15 % », a récemment spécifié la CCECC.
Pour Raphael Ndagala, chauffeur de taxi entre Busisi et Kigongo, le pont représente bien plus qu’une simple voie rapide : c’est la promesse de nouvelles perspectives économiques.
Selon lui, Kigongo était une zone plutôt isolée auparavant. Désormais, de nombreuses opportunités s’y profilent. Il se réjouit de voir le nombre de clients et de courses augmenter grâce à l’infrastructure aux tours blanches flambant neuves. Son téléphone ne s’arrête plus de sonner, signalant des demandes de courses même sur l’autre berge. « Je ne ressens plus la pression due à la limitation géographique, mais le frisson libérateur d’une route ouverte – un avenir sans limite ! »