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  2026-07-02
 

Le pari de la mobilité durable

VOL. 18 / JUILLET 2026 par ALAFATI MUGABO  ·   2026-07-02
Mots-clés: véhicules électriques chinois ; Rwanda

Les véhicules électriques chinois révolutionnent discrètement l’avenir du Rwanda 

Employés de BasiGo mettant un bus électrique en charge à l’occasion de l’inauguration d’une station de recharge, à Muhanga, au Rwanda, le 27 mars. (BASIGO RWANDA)

BYD, Geely, Dongfeng, NIO, XPeng, Chery : des noms inconnus pour beaucoup de Rwandais il y a quelques années. 

Les véhicules électriques ont fait leur apparition à Kigali, capitale rwandaise, et la plupart sont de marques chinoises. Le Rwanda est aujourd’hui engagé dans une transition majeure de sa mobilité, et la Chine en est le principal moteur. 

Les chiffres témoignent de la rapidité de cette transition. Depuis 2020, année où le Rwanda a accéléré sa transition vers la mobilité durable, son parc de véhicules électriques a dépassé les 7 000 unités, incluant des modèles entièrement électriques et hybrides. En 2020, le Rwanda n’a importé que 19 voitures électriques, sans aucune hybride. En 2024, les importations ont grimpé à 218 voitures électriques et 3 726 hybrides, le total des neuf premiers mois de l’année dépassant déjà les totaux annuels précédents. 

Le changement le plus frappant se manifeste sur le marché lui-même. Une récente enquête menée par CHINAFRIQUE à Kigali a révélé que plus de 25 nouvelles concessions de marques automobiles chinoises et sociétés d’importation de véhicules s’étaient implantées sur le marché au cours de la seule année écoulée. Selon les estimations du secteur, les marques chinoises représentent désormais plus de 70 % des véhicules électriques importés au Rwanda. 

Des véhicules peu onéreux 

« Les constructeurs chinois comprennent les marchés comme le nôtre. Ils proposent des véhicules pratiques à des coûts d’utilisation réduits », affirme David Mahoro, entrepreneur rwandais possédant dix fourgonnettes électriques pour le transport de produits frigorifiques. « Ici, l’accessibilité financière n’est pas un simple critère, c’est un élément central. » 

Le réseau croissant de concessionnaires de Kigali fait écho à une évolution évidente de la demande des consommateurs. Emmanuel Niyonzima, responsable des ventes dans un parc automobile sous douane de Nyabugogo, évoque ce changement rapide. « Il y a deux ans, les clients demandaient des voitures japonaises, comme Toyota, Nissan et Honda », explique-t-il. « Aujourd’hui, sept clients sur dix s’intéressent spécifiquement aux modèles électriques chinois. » 

L’accessibilité financière demeure le principal défi. Les voitures électriques d’entrée de gamme coûtent encore entre 20 500 et 41 000 dollars, incitant les banques à mettre en place des programmes de prêts et des partenariats pour faciliter l’accès à l’achat. Parallèlement, l’infrastructure de recharge s’est rapidement développée, Kigali comptant désormais plus de 200 stations. 

Pour les concessionnaires, cette évolution est également économique. Patrick Habimana, vendeur chez DP World à Masaka, s’est entièrement tourné vers les véhicules chinois, du fait de la demande en hausse. 

Pour les acheteurs, les avantages sont indéniables. Claudine Uwera, 34 ans, comptable vivant à Kacyiru, a opté pour une Geely Emgrand hybride après avoir calculé ses dépenses mensuelles en carburant. 

Pour Jean-Pierre Mugisha, chauffeur de VTC, c’est encore plus évident. Installé à Kiyovu, il a financé l’achat d’une BYD Dolphin et suit de près ses dépenses quotidiennes. « Une recharge complète coûte environ 5,5 dollars. Je gagne 20,5 à 27,3 dollars par jour », explique-t-il. « Avant, le carburant à lui seul pouvait coûter jusqu’à 23,9 dollars. Je peux désormais faire des économies. » 

Véhicule électrique Geely dans un showroom de China Electric Vehicle Rwanda à Kigali, au Rwanda. (CHINA ELECTRIC VEHICLE RWANDA)

Une politique gouvernementale favorable  

C’est avec les transports publics que le Rwanda avait d’abord initié son passage à la mobilité durable. Des bus électriques de fabrication chinoise ont été introduits par l’entreprise kényane BasiGo dans le réseau de transport de Kigali, après une première phase d’exploitation à Nairobi, au Kenya. 

Les avantages économiques ont été visibles rapidement. Un bus électrique entièrement chargé peut parcourir environ 300 km et les coûts d’exploitation sont nettement inférieurs à ceux des bus diesel équivalents. Face à l’intérêt croissant des entreprises de transport, les projets d’expansion se sont accélérés. 

La politique gouvernementale a joué un rôle central dans ce développement. Le Rwanda a supprimé les droits d’importation, la TVA et les droits d’accise sur les véhicules électriques et les équipements de recharge, tout en fixant des objectifs d’électrification ambitieux pour 2030 : 20 % des bus, 30 % des motos et 8 % des voitures particulières. 

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, le passage aux motos électriques pourrait à lui seul permettre au Rwanda d’économiser environ 22 millions de dollars par an sur ses importations de carburant. 

Les avantages environnementaux sont également importants. Les émissions des véhicules restent l’une des principales sources de pollution atmosphérique urbaine, et chaque bus électrique permettrait de réduire jusqu’à 30 tonnes d’émissions de CO2 par an. 

Pour François Zirikana, spécialiste de la mobilité électrique à Kigali, cette transition va au-delà de la simple protection de l’environnement. « Il s’agit aussi d’un enjeu de souveraineté énergétique », indique-t-il. « L’utilisation d’électricité produite localement renforce la résilience nationale. » 

Cette transition durable du Rwanda reflète une tendance continentale plus large, où la Chine s’impose comme un partenaire central pour l’avenir de la mobilité en Afrique. Au même titre que le Kenya et l’Éthiopie, le Rwanda est devenu l’un des marchés les plus attractifs d’Afrique de l’Est pour l’investissement dans les véhicules électriques. Ces changements créent un cercle vertueux qui redéfinit peu à peu la mobilité au Rwanda.  

 

 
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