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  2026-10-31
 

Du déclin 
à la renaissance

VOL. 18 / NOVEMBRE 2026 par ZHAO YANG  ·   2026-10-31
Mots-clés: Changjiang ; marsouin du Yangtsé

Le retour d’un cétacé menacé est une belle avancée dans l’effort de rétablissement de la biodiversité dans les eaux du Changjiang 

L’Institut d’hydrobiologie relevant de l’Académie chinoise des sciences attire les experts du monde entier, le 28 octobre 2025. (VCG)

Le 12 mars, dès son arrivée à Nanjing (province du Jiangsu), Andrew Balmford, professeur de sciences de la conservation à l’Université de Cambridge et membre de la Royal Society, s’est rendu au poste d’observation situé le long du Changjiang. Il est venu spécialement pour observer le marsouin du Yangtsé, mammifère aquatique endémique de Chine.   

Une sensibilisation importante 

Il y a encore dix ans, la situation était critique. La population du marsouin du Yangtsé déclinait d’environ 10 % par an pour atteindre à peine un millier d’individus, ce qui lui a valu le statut d’espèce « en danger critique d’extinction » sur la Liste rouge de l’UICN. Entre pollution, pêche illégale et trafic fluvial, l’animal frôlait le point de non-retour. 

Jiang Meng, secrétaire général de l’Association de protection du marsouin du Yangtsé et des espèces aquatiques de Nanjing, a vécu ce déclin de près. En 2015, il a fondé cette association avec un groupe d’amis, d’experts et de bénévoles animés par les mêmes convictions. 

Les débuts ont été difficiles. Face à un public peu sensibilisé, leurs appels restaient souvent sans réponse. « La création de la Réserve provinciale du Changjiang à Nanjing et le soutien ferme des autorités en faveur de la protection de cette espèce nous ont apporté le second souffle dont nous avions besoin », confie-t-il. 

Le véritable tournant survient en 2016 avec la mise en avant du principe de « protection renforcée du Changjiang ». L’association bénéficie alors d’une attention et d’un soutien accrus de la part des pouvoirs publics, des médias et des citoyens. 

Avec l’entrée en vigueur du moratoire décennal sur la pêche, le fleuve a pu retrouver son équilibre naturel, et la protection du marsouin est entrée dans une nouvelle phase : en 2025, la population a atteint 1 426 individus, enregistrant une croissance significative. Ces « anges souriants », autrefois difficiles à observer, apparaissent désormais régulièrement dans les sections urbaines du fleuve, devenant un symbole vivant de l’amélioration de l’écosystème du Changjiang. 

En étroite collaboration avec les équipes nationales dédiées à la protection du marsouin, ainsi qu’avec des universités et des instituts de recherche, l’association a assisté à une montée en puissance considérable des capacités techniques. 

En 2022, l’analyse de l’ADN environnemental prélevé dans l’eau a permis de localiser avec précision les zones de passage des groupes de marsouins. En 2025, les drones sont devenus un outil précieux pour le suivi automatique et l’alerte précoce. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle permet une analyse en temps réel, une reconnaissance automatique et un déclenchement d’alertes. La réactivité des équipes sur le terrain s’en trouve démultipliée. 

Toutefois, la technologie ne remplacera jamais l’engagement humain. Avec l’intérêt croissant du public pour la protection de la faune sauvage, de nombreux citoyens ont rejoint les équipes de bénévoles mises en place par l’association, effectuant régulièrement des missions de patrouille. 

La présence du marsouin est également un trait d’union entre les peuples dans le monde. À ce jour, plus de 300 étudiants originaires de différents pays (Inde, Pakistan, Kenya, etc.) ont rejoint l’équipe de bénévoles internationaux. Chaque semaine, ils arpentent les rives du Changjiang pour participer aux patrouilles, ramasser les déchets et enregistrer des données. 

Jiang Meng accompagne Andrew Balmford pour observer les marsouins au Parc municipal des marsouins du Yangtsé à Nanjing (province du Jiangsu), le 12 mars. (COURTOISIE)

Synergie de développement 

Tout au long du Changjiang, les embarcations anarchiques et la pêche illégale ont désormais cédé la place à des berges réaménagées et à des eaux plus limpides. Moins craintifs, les marsouins s’approchent aujourd’hui à quelques mètres de la rive. 

En 2022, les villes de Nanjing, Zhenjiang (Jiangsu) et Ma’anshan (Anhui) ont adopté une décision visant à renforcer la protection du cétacé. Il s’agit de la première législation de coordination régionale à l’échelle d’un bassin versant qui cible une espèce unique dans tout le pays, couvrant environ 260 km du tronçon du Changjiang sur trois villes. 

En décembre 2025, le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales a publié, conjointement avec plusieurs départements, le Plan d’action pour la sauvegarde du marsouin du Yangtsé (2026-2035), marquant le passage d’une approche de sauvetage d’urgence à une stratégie de restauration systématique. Si la tendance est encourageante, la partie n’est pas encore gagnée. La fragmentation de l’habitat, les perturbations dues à la navigation et la pollution résiduelle n’ont pas totalement disparu. C’est pourquoi des mesures réalisables visant à inciter les navires à réduire leur vitesse et à limiter les nuisances sonores et lumineuses dans les zones de passage des marsouins sont nécessaires. 

Les efforts de protection du marsouin menés à Nanjing offrent une « solution chinoise » où la conservation de la nature trouve sa place au cœur des régions les plus urbanisées, prouvant que l’essor économique et la préservation du vivant ne sont plus incompatibles.

ZHAO YANG, journaliste à La Chine au présent 

 
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