2025-08-01 |
Des pupitres pour rêver plus loin |
VOL. 17 / AOÛT 2025 par DERRICK SILIMINA · 2025-08-01 |
Mots-clés: entreprises chinoises ; scolarisation des enfants défavorisés |
Les élèves fêtent les 16 ans de la MCEDO Beijing School, le 23 juin 2023. (PHOTOS : XIE SONGXIN)
Alors que résonnent rires et chansons dans une école communautaire de Mathare, bidonville en plein cœur de Nairobi, capitale kényane, le rôle vital d’une éducation de qualité apparaît dans toute son évidence. « Ce n’est pas que l’abandon de l’école primaire, faute de parrainage, ne m’ait pas affecté, mais aujourd’hui que je suis de retour en classe, j’ai l’espoir d’un avenir meilleur », confie Hanif Mwangi, 12 ans, élève de 7e année à la MCEDO Beijing School.
Sur le chemin du retour, il avance prudemment entre les abris de fortune de Mathare, deuxième plus grand bidonville de Nairobi après Kibera. Le taux élevé d’abandon scolaire y reflète la pauvreté et l’analphabétisme qui frappent une communauté peinant à couvrir les besoins essentiels des enfants.
Malgré des avancées notables en Afrique pour élargir l’accès à l’éducation et encourager la scolarisation complète, de profondes disparités subsistent, notamment pour les enfants issus des milieux les plus vulnérables, en particulier ceux vivant avec un handicap. D’après le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), une large part d’entre eux grandit dans des habitats informels.
Pour remédier à cette situation, le gouvernement kényan, en partenariat avec l’UNICEF, a récemment lancé l’initiative « Operation Come to School ». Ce programme cible les enfants âgés de 6 à 13 ans dans 16 comtés et zones informelles, là où le risque de décrochage scolaire est le plus élevé.
S’inscrivant en complément de cette initiative publique, des entreprises chinoises implantées au Kenya, telles que Transsion Holdings, connue pour ses marques Tecno, Itel et Infinix, participent activement à l’amélioration des conditions de scolarisation des enfants de Mathare, en leur garantissant un accès durable à l’enseignement.
« Je suis devenue sans-abri après le décès prématuré de mes parents. Un orphelinat de Nairobi m’a recueillie, ce qui m’a permis d’intégrer une école soutenue par la Chine », témoigne Grace Odongo, elle aussi élève à la MCEDO Beijing School. Selon elle, les écoles implantées dans les quartiers informels et soutenues par des partenaires extérieurs sont une bénédiction pour les familles démunies, un tremplin vers un avenir plus digne.
Remise d’un don de l’Association économique et commerciale Kenya-Chine à la MCEDO Beijing School, le 23 juin 2023.
Une bénédiction pour les enfants démunis
En 2012, dans le cadre d’un partenariat éducatif, l’ambassade de Chine au Kenya a présenté à la MCEDO Beijing School l’Association économique et commerciale Kenya-Chine (KCETA). Grâce à des années de soutien financier, les effectifs de l’établissement sont passés de 200 à plus de 500 élèves.
KCETA, organisation faîtière rassemblant les entreprises chinoises opérant dans le pays, redonne espoir aux enfants de Mathare, en investissant dans leur avenir. Dernièrement, l’association a versé 52 741 dollars pour rénover les infrastructures scolaires et financer les repas des élèves.
Benedict Kiage, directeur de l’établissement, se souvient des débuts difficiles, quand l’accès à l’éducation restait un défi pour les familles de Mathare. « Nous avons fondé cette école pour offrir une chance aux enfants des bidonvilles et les maintenir sur les bancs », explique-t-il. Depuis, un programme de cantine fournit deux repas par jour, une aide précieuse face à la malnutrition, certains élèves ne mangeant parfois pas chez eux.
Dans un quartier gangréné par la violence, la criminalité et les activités de gangs, la MCEDO Beijing School s’est imposée comme un havre de paix, un phare dans la tourmente pour la jeunesse de Mathare.
Zhang Zhizhong, chef adjoint de mission à l’ambassade de Chine au Kenya, a rappelé que l’ambassade soutient l’école depuis 17 ans, dans le cadre de l’amitié sino-kényane. Il a annoncé la fourniture de nouveaux bureaux, chaises, équipements et sacs à dos pour les élèves, à la suite d’un don de plus de 38 000 dollars pour réparer les dégâts des récentes inondations.
Une contribution indispensable
Elijah Mungai, directeur des projets d’enseignement de base au ministère kényan de l’Éducation, a exprimé sa gratitude envers la Chine, saluant un appui décisif qui a permis à de nombreux enfants de réintégrer le système scolaire. Il a souligné que, depuis 2019, les entreprises chinoises fournissent des équipements pédagogiques essentiels, comme des bureaux et des chaises, contribuant à la motivation et aux progrès des élèves.
Soutenu par la Dream Building Service Association, le Hanka Education Centre accueille aujourd’hui plus de 400 élèves. Il fait partie des 15 centres créés à Mathare avec l’appui d’entreprises chinoises. Sa directrice, Esther Dodo, souligne l’impact de Transsion Holdings : des repas qui améliorent la concentration et du mobilier neuf qui transforme l’attitude des enfants. Au total, 14 établissements de Mathare ont déjà reçu du matériel éducatif, au bénéfice de 2 409 élèves.
Transsion Holdings mène aussi d’autres actions en faveur de l’éducation au Kenya et en Afrique, dont le programme Educate a Child pour les enfants réfugiés, ainsi que les initiatives Dream Sports Bag et Rural Multi-functional Classroom, dédiées aux zones rurales.
Pour des parents comme Monica Akwino, les bienfaits sont tangibles. « Les écoles soutenues par des fonds chinois offrent un environnement propice à l’apprentissage. Mon enfant sait désormais lire et écrire, et reçoit des repas et des livres pendant les cours », témoigne cette mère de deux enfants, convaincue que ces écoles jettent les bases d’un avenir plus solide pour les jeunes des bidonvilles de Nairobi.
Reportage du Kenya
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