| 2026-02-04 |
Un marché qui ne manque pas de piquant |
| VOL. 18 / FÉVRIER 2026 par Godfrey Olukya · 2026-02-04 |
| Mots-clés: exportations de piments séchés vers la Chine ; Ouganda |
Le lancement des exportations de piments séchés vers la Chine permet à des milliers d’agriculteurs ougandais d’accéder à un marché très lucratif

Le Président ougandais Yoweri Museveni donne le coup d’envoi du premier conteneur de piments séchés du pays destiné au marché chinois, à Kamuli, en Ouganda, le 20 novembre 2025. (MAAIF)
Depuis l’obtention du marché chinois pour l’exportation de leurs piments rouges séchés, les agriculteurs ougandais en profitent pour étendre la culture de ce condiment à des milliers d’hectares.
L’appétit croissant de la Chine pour les épices à l’international a créé une forte demande pour des produits de haute qualité. Grâce à son climat et à ses terres fertiles lui permettant de cultiver de nombreuses variétés de piments, l’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est, bénéficie d’un avantage concurrentiel. Résultat : la mise en place d’accords commerciaux entre l’Ouganda et la Chine, facilitant les exportations.
La culture du piment en Ouganda est soutenue par les gouvernements chinois et ougandais, s’appuyant sur le succès du projet de coopération Sud-Sud entre les deux pays et bénéficiant du soutien de la FAO.
Le 20 novembre 2025, une cérémonie s’est tenue à Kamuli, à l’est du pays, où le Président ougandais Yoweri Museveni a donné le coup d’envoi du premier conteneur de 11 tonnes de piments séchés à destination de la Chine. « De nombreux producteurs ont déjà livré leur récolte aux points de collecte où ils ont été payés. De là, les piments ont été acheminés vers des entrepôts régionaux puis placés dans des conteneurs [pour l’exportation] », indique Daniel Kasolo, l’un des coordinateurs des producteurs de piments en Ouganda.
Cette initiative est pilotée par le programme de développement régional de l’Ouganda oriental, mené par le Consortium pour le développement du Busoga (BCD), basé dans le royaume du Busoga.
« Le départ du premier conteneur de piments du Busoga pour la Chine marque un tournant. Nous accédons enfin au marché mondial avec nos produits de grande valeur », se réjouit Anthony Mula, directeur général du BCD.
Rebecca Kadaga, première vice-Première ministre de l’Ouganda, a indiqué à CHINAFRIQUE : « Les piments ougandais, réputés pour leur saveur et leur arôme intenses, gagnent en popularité dans le monde entier, et la Chine représente un marché important. »

Présentation de produits à base de piment lors du coup d’envoi du premier conteneur de piments séchés ougandais vers la Chine, à Kamuli, en Ouganda, le 20 novembre 2025. (XINHUA)
Des débuts prometteurs
L’initiative a été officiellement lancée le 7 mai 2025 par Mme Kadaga, au nom de la vice-Présidente Jessica Alupo : « cette étape importante découle directement du protocole d’exportation des piments signé entre l’Ouganda et la Chine en septembre 2024. »
Les experts chinois estiment qu’un agriculteur ougandais pourra gagner plus de 15 millions de shillings ougandais (4 620 dollars) par acre (0,4 hectare) de piments et par an. « La politique de prix garanti par saison négociée par le BCD est une excellente initiative », renchérit-elle.
Elle précise que celle-ci s’inscrit dans le cadre du parc agro-industriel Chine-Ouganda, d’une superficie de 387 hectares, créé en 2016 et qui comprend de multiples zones fonctionnelles dédiées à la culture, à l’élevage et à la transformation des produits. Selon le groupe chinois Kehong, important la majeure partie des piments, un modèle de développement a été adopté : l’entreprise fournit des variétés de piments de qualité supérieure et des services techniques professionnels, et applique une politique d’achat à prix garanti.
Le projet prévoit de développer la culture du piment sur 40 468,56 hectares dans les régions du Busoga, Kamuli et Luwero notamment, avec une collecte et un achat annuels prévus de plus de 220 000 tonnes de piments séchés. Le projet devrait générer une valeur d’exportation annuelle de 300 millions de dollars.
Lors du coup d’envoi, M. Mula a salué le partenariat entre le BCD et le groupe chinois Kehong, qui garantit des prix et des débouchés aux agriculteurs locaux.
Des retombées économiques
Cultivées sur des milliers d’hectares ces derniers mois, plusieurs tonnes de piments ont été récoltées et séchées. M. Mula stipule que l’objectif est de former un million de producteurs de piments au Busoga, chacun cultivant seulement une acre. Cela permettra à la région de pouvoir générer des revenus sans précédent, de faire du Busoga un pôle agricole majeur et de sortir des milliers de familles de la pauvreté.
L’exportation de piments vers la Chine devrait générer des recettes importantes pour l’économie ougandaise. L’augmentation de la demande devrait entraîner une hausse des prix de vente, au bénéfice des producteurs, améliorant ainsi leurs conditions de vie et les encourageant dans cette voie.
« L’arrivée des piments ougandais en Chine marque le début d’une nouvelle ère dans les relations commerciales entre les deux pays. Le succès de cette initiative pourrait ouvrir la voie à l’entrée d’autres produits ougandais sur le marché chinois, diversifiant ainsi davantage les exportations du pays », anticipe Mme Alupo, ajoutant que les consommateurs chinois bénéficieront également de l’accès aux meilleurs piments biologiques du monde.