法语词典:
中文 ANGLAIS
Accueil Opinions La Chine à la Loupe Culture Vidéos Photos
  2026-08-01
 

Café, commerce et connexions

VOL. 18 / AOÛT 2026 par CUI XIAOQIN  ·   2026-08-01
Mots-clés: Yiwu ; échanges sino-africains

À Yiwu, une nouvelle passerelle pour les échanges sino-africains 

Hou Fuliang présente les produits de sa marque de café « Houfu » dans sa boutique. (PHOTOS : GUO SHASHA)

Dès que l’on passe l’entrée du Marché international de Yiwu (province du Zhejiang), on est immédiatement frappé par l’incroyable variété de marchandises. Même en ne consacrant que cinq minutes à chaque stand, il faudrait une année entière pour tout explorer. Chaque jour, des visiteurs internationaux affluent à Yiwu, à l’image de Hou Fuliang et de Samson Ian Ssenkindu (surnommé Sami en chinois). 

Le premier est spécialisé dans l’importation de café éthiopien en Chine et le second dans l’exportation de machines agricoles chinoises vers l’Ouganda.  

Les deux hommes ont des parcours radicalement différents, et pourtant, chacun a su se tailler une place de choix à Yiwu. 

Le café comme ambassadeur culturel 

Comme c’est souvent le cas en juillet, le passage d’un typhon est annoncé à Yiwu. M. Hou et ses employés s’empressent de fermer hermétiquement toutes les ouvertures de leur entrepôt, situé dans la zone franche de Yiwu, afin de protéger le stock de grains de café fraîchement importés d’Éthiopie, particulièrement sensibles à l’humidité. 

Son entreprise Ethiopian Supply Chain possède aussi un point de vente dans la zone 5 du Marché international de Yiwu. 

« Les grains de café éthiopiens sont très appréciés en Chine », explique M. Hou. Son aventure commence en 2018, lorsque l’ambassade d’Éthiopie en Chine l’invite à participer à la première Exposition internationale des importations de Chine. Séduit par la saveur unique du café éthiopien exposé, il décide alors de se lancer dans son importation en Chine. 

Contrairement aux zones 1 à 4, la zone 5 du Marché international de Yiwu est réservée aux produits importés (jambon espagnol, cosmétiques coréens, vin français, tapis turcs, etc.). La boutique de M. Hou embaume le café et les étagères regorgent de grains de café d’Éthiopie de régions déjà bien connues des amateurs chinois (Sidamo, Yirgacheffe et Harar). 

La boutique expose également paniers tressés à la main, tissus colorés, sculptures en bois de style tribal et vins africains originaires des hauts plateaux, car l’objectif est de promouvoir la culture éthiopienne et le continent de manière générale. 

« Le café éthiopien est plus qu’une simple boisson ; c’est toute une culture. » M. Hou organise de petites dégustations dans sa boutique, où il prépare le café dans une cafetière traditionnelle éthiopienne tout en faisant découvrir à ses visiteurs le rituel du café, avec ses gestes et ses étapes codifiés. Les paquets de café sont accompagnés d’une carte présentant au recto une illustration sur les origines du café en Éthiopie. Le verso décrit le profil aromatique du café et la philosophie de la marque. 

À Yiwu, les vitrines de produits africains se multiplient. L’artisanat, les vins et les épices se font progressivement connaître des consommateurs chinois. Les échanges commerciaux sino-africains ne se limitent plus aux seuls flux de marchandises chinoises vers l’Afrique. Les produits africains, ainsi que la culture et les histoires qui les accompagnent, font également leur entrée dans le quotidien des consommateurs chinois via Yiwu. 

Samson Ian Ssenkindu en plein travail de négociation au Marché international de Yiwu. 

Un heureux virage à 180° 

Début 2017, lorsque M. Ssenkindu décide de quitter son Ouganda natal pour partir en Chine, il est loin d’imaginer ce qui l’attend. À l’époque, il travaille comme responsable trilingue des ventes dans un hôtel Marriott. 

Lors d’un voyage à Dubaï, il rencontre un homme d’affaires chinois originaire de Taizhou (province du Zhejiang). Impressionné par ses compétences linguistiques, ce dernier l’encourage à tenter sa chance en Chine. « Cet hiver-là, je suis arrivé à Yiwu en tongs et en short, sans la moindre idée de ce qui m’attendait », se souvient-il. 

Une fois rhabillé et installé, le jeune Ougandais se lance dans le commerce et crée son entreprise. Il commence par acheter des marchandises en Chine et les expédie en Australie, aux États-Unis, au Royaume-Uni et surtout vers le continent africain. « À Yiwu, les opportunités commerciales abondent. À mes débuts, je gérais des marchandises d’une valeur d’environ 2 000 à 3 000 dollars ; aujourd’hui, nous atteignons cinq à dix millions. » 

Son empire commercial s’est étendu avec l’exportation de la quincaillerie et des perruques chinoises vers l’Ouganda. Se rendant compte du faible niveau de mécanisation agricole dans sa région natale, il utilise désormais son réseau logistique pour expédier des équipements agricoles chinois en Ouganda. 

M. Ssenkindu suit de près les politiques économiques et commerciales sino-africaines. Il se souvient du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine en 2018, où le Président chinois Xi Jinping a proposé de développer le commerce sino-africain. Depuis, de nombreux événements de haut niveau ont eu lieu à Changsha (province du Hunan) notamment, offrant ainsi des plateformes pour l’entrée des produits agricoles africains en Chine. 

Le jeune homme arrivé en Chine à 28 ans en a aujourd’hui 38. En dix ans, l’environnement, les habitants et les communautés de Yiwu ont profondément influencé sa vision du monde. Il est souvent stupéfait par la rapidité du développement de la ville avec son métro, ses larges avenues et ses gratte-ciel qui poussent comme des champignons. « La Chine planifie ses projets des années à l’avance et les réalise en un temps record. Je pense que notre pays pourrait s’en inspirer. » 

Installé à Yiwu avec sa famille, M. Ssenkindu apprécie le cadre de vie cosmopolite de la ville. Ses amis viennent du monde entier : Égypte, Yémen, Russie, Israël… et les camarades de classe de ses enfants ont également des origines différentes. En décembre 2020, son troisième enfant est né à Yiwu. En début d’année, sa fille a participé aux festivités du Nouvel An chinois au côté de Jackie Chan, dont les films ont marqué son adolescence dans les années 1990. 

Le soir, ses enfants entonnent souvent des comptines chinoises dans leur salon. M. Ssenkindu les accompagne au tambour ougandais, le rythme de la percussion africaine se mêlant harmonieusement à la mélodie des paroles en chinois. 

À Yiwu, derrière le flux des marchandises se cachent des échanges humains. Dans le salon de M. Ssenkindu, le rythme des tambours africains se mêle aux mélodies des chansons chinoises ; dans la boutique de M. Hou, la vapeur s’échappe d’une cafetière éthiopienne : ces instants du quotidien composent le tableau le plus authentique du commerce sino-africain. Il est question de commandes et de profits, mais aussi de compréhension et de confiance.

 
Imprimer

24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine


京ICP备08005356号-8 京公网安备110102005860