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  2018-12-19
 

Sénégal : montée en puissance du mandarin

par Aly Diouf  ·   2018-12-19
Mots-clés: Sénégal; mandarin

L’engouement pour la langue chinoise ne semble pas prêt de s’estomper au Sénégal puisque les écoles publiques et privées s’y mettent aussi

Des étudiants de l’institut Confucius

À Dakar, l’école maternelle Happy Kids s’est lancé un défi ambitieux : enseigner le mandarin aux tout-petits. Cette école, qui se trouve au quartier de Ngor, se vante d’être la première école trilingue du Sénégal : en plus du français (la langue officielle du pays) et de l’anglais, l’établissement accorde une place de choix au mandarin. Et avec raison : la Chine, dont la langue est le mandarin, est à la fois le pays le plus peuplé et la deuxième économie mondiale.

Et les Sénégalais ont pris la mesure des enjeux. À l’image de Happy Kids, de plus en plus d’établissements mettent le mandarin dans leurs programmes. C’est le cas du Collège d’enseignement moyen de Ndiar, à environ 50 kilomètres au nord de Dakar. Ce collège, construit grâce à la coopération chinoise, a fait du mandarin une matière à part entière.

Selon le directeur pédagogique de l’Institut Confucius de Dakar, M. Sun Zhen, les enseignants de son établissement interviennent dans certaines écoles préscolaires ainsi que dans des établissements privés d’enseignement supérieur de la capitale. L’Université Gaston Berger de Saint Louis, la deuxième plus importante du Sénégal, dispose d’une classe Confucius. Une classe Confucius est également en vue à l’Université Assane Seck de Ziguinchor dans le sud du pays. À l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, le Centre des études en sciences et techniques de l’information (Cesti) et l’Institut des langues étrangères appliquées, qui forme des techniciens et des cadres du secteur de l’hôtellerie et du tourisme, envoient maintenant leurs étudiants faire des cours à l’Institut Confucius.

« C’est dans notre vision, dans notre plan de développement stratégique d’adapter les modules de formation en journalisme et communication aux nouvelles exigences de la profession. Notre ambition aujourd’hui est de mieux outiller les journalistes pour qu’ils s’ouvrent vers d’autres horizons, vers d’autres réalités socioculturelles », justifie Madame Cousson Traoré Sall, directrice du Cesti.

Vers un département de sinologie

Institut Confucius de l’UCAD de Dakar

Crée en 2013 pour promouvoir la langue, la culture et le savoir-faire chinois, l’Institut Confucius de l’UCAD de Dakar est le 323e Institut Confucius construit à travers le monde. En plus des cours de mandarin qu’il dispense, l’institut met un accent particulier sur l’enseignement professionnel pour mieux servir les besoins de formation du Sénégal émergent. Sa mission intègre la formation de gestionnaires, de techniciens d’entreprise et des entrepreneurs agricoles, afin de mettre sur le marché du travail des compétences requises basées sur le savoir et le savoir-faire. L’offre d’enseignement concerne aussi l’enseignement général, le chinois professionnel, la médecine chinoise ou encore le tourisme.

L’Institut Confucius de Dakar occupe une superficie de 800 m2 sur deux niveaux pour un coût global de près d’un milliard de francs CFA. Il compte sept salles de cours, deux salles audio visuelles, un amphithéâtre d’une centaine de places, une bibliothèque qui compte plus de 3 000 ouvrages, une salle d’exposition avec un compartiment pour l’apprentissage de la cérémonie du thé et une salle d’exposition. En 2017, elle comptait 1 300 étudiants, alors qu’ils n’étaient que 57 en 2013, selon M. Sun. En cinq ans, l’Institut Confucius a formé plus de 5 000 apprenants. Un tel succès s’explique entre autres par le soutien du Fonds de financement de la formation professionnelle et technique qui offre des bourses d’études aux étudiants.

L’Institut Confucius de l’UCAD se veut être dans le temps. Le Sénégal a découvert depuis 2014 des réserves très importantes de pétrole et de gaz dans ses eaux, selon les spécialistes. Avec cette nouvelle donne, plusieurs nouveaux corps de métiers verront le jour. Pour jouer sa partition dans la satisfaction de ces besoins, l’institut a mis sur pied une nouvelle filière dénommée Métiers du pétrole. Selon Mamadou Fall, le directeur exécutif de l’institut, il s’agit de former des professionnels qualifiés qui seront à même de travailler dans ce nouveau secteur de l’économie sénégalaise. Cette nouvelle filière, soutient M. Fall, va démarrer ses cours cette année.

L’institut forme aussi des auxiliaires d’entreprises. Beaucoup de sociétés chinoises se sont installées au Sénégal. Il y a aussi des négociants chinois qui achètent l’arachide sénégalaise et des nationaux chinois qui détiennent des commerces et des restaurants au Sénégal. Ce sont donc là quelques-uns des débouchés de cette autre filière. D’ailleurs, ces profils sont régulièrement demandés à l’Institut Confucius ; en témoignent les demandes visibles au tableau d’affichage, juste à l’entrée. Dans tous les cas, l’enseignement du mandarin a de beaux jours devant lui. L’Institut Confucius a un « grand projet » consistant à la création d’un département de sinologie et d’études asiatiques, rapporte M. Fall, selon qui le projet est fin prêt et n’attend que l’approbation de l’UCAD.

Des similarités insoupçonnées

Quoi qu’il en soit, l’enseignement du mandarin au Sénégal suscite beaucoup d’engouement de la part des apprenants. En témoignent les chiffres exponentiels susmentionnés. Selon M. Fall, l’offre pédagogique répond à une forte demande, le mandarin est attrayant et le modèle chinois exemplaire. Pour M. Sun, l’engouement que suscite le mandarin est réel au Sénégal. Selon lui, ce sont les parents qui, sachant que la maîtrise de cette langue offre beaucoup d’opportunités, inscrivent leurs enfants à l’établissement, lesquels finissent par s’en rendre compte et s’en approprient.

Pour sa part, la Chine, à travers l’Institut Confucius, offre aux meilleurs étudiants des bourses d’études et d’immersion dans la culture et la société chinoises. Cela a permis à Waly Edouard Ndiaye, Sanou Sy et Elimane Jacky Bakhoum de séjourner en Chine pendant deux semaines l’année dernière. Ils font partie d’un lot de treize étudiants de l’institut qui ont été sélectionnés pour découvrir la Chine. Avec l’implantation d’entreprises chinoises dans le Parc industriel international de Diamniadio, ils pensent que la maîtrise du chinois, en sus de leurs qualifications respectives, est un plus.

L’autre raison qui motive les jeunes sénégalais à étudier le mandarin est certainement la proximité linguistique, comme l’estime l’enseignant-chercheur Koumakh Bakhoum. Premier enseignant d’origine sénégalaise de l’Institut Confucius, M. Bakhoum est un fin connaisseur de la langue chinoise. Il retrouve beaucoup de similitudes entre le mandarin et les langues nationales que sont le seereer, sa langue maternelle, et le wolof, la langue la plus parlée au Sénégal.

C’est le cas des mots « hongse » (rouge), « tang » (chaud) ou encore « zhiwu » (végétation) qui ont la même signification aussi bien en seereer, en wolof qu’en mandarin. M. Bakhoum s’intéresse aussi au système de décompte. À l’en croire, les deux langues sénégalaises précitées et le mandarin ont comme unité de base dix. À partir de dix, on a dix (et) un … jusqu’à dix (et) neuf puis deux dix, trois dix … pour respectivement dire dans les trois langues onze, dix-neuf, vingt, trente... M. Bakhoum s’intéresse aussi à l’emploi de l’impératif. Dans ce mode, les trois langues adoptent une forme de politesse « wo gari bog » en seereer, « yow niewal bog » en wolof et « ni lai ba » en mandarin. Cette forme de politesse est « bog » en seereer et en wolof et « ba » en mandarin.

C’est cette étude philologique que Koumakh Bakhoum veut approfondir dans sa thèse de doctorat. Au début du mois d’octobre, il est retourné en Chine où il s’est inscrit à l’Université du Sichuan à Chengdu, une institution qui accueille plusieurs centaines d’étudiants sénégalais.

Reportage du Sénégal

 

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