| 2026-01-05 |
De nouveaux arrivages prometteurs |
| VOL. 18 / JANVIER 2026 par ALAFATI MUGABO · 2026-01-05 |
| Mots-clés: Rwanda ; avocat |
Le partenariat agricole entre le Rwanda et la Chine prend de l’ampleur avec la validation d’un nouveau protocole d’exportation.

James Kimonyo (à droite), ambassadeur du Rwanda en Chine, signe un protocole pour l’exportation d’avocats rwandais vers la Chine, le 12 novembre 2025. (AMBASSADE DU RWANDA EN CHINE)
Le Rwanda accède à l’un des marchés agricoles les plus lucratifs au monde grâce à la signature d’un protocole relatif à l’inspection, à la quarantaine et aux exigences sanitaires pour l’exportation d’avocats du Rwanda vers la Chine le 12 novembre 2025, récompensant des années de négociations entre les deux pays.
Pour les producteurs d’avocats rwandais, cet accord représente bien plus qu’une simple autorisation réglementaire ; il leur ouvre les portes d’un marché où la demande chinoise de produits frais haut de gamme a explosé ces dernières années, portée par une classe moyenne en pleine expansion et aux habitudes alimentaires en constante évolution. Ce protocole constitue la dernière étape importante d’une relation bilatérale qui s’est considérablement développée depuis la première participation du Rwanda à l’Exposition internationale des importations de Chine (CIIE) en 2018. Depuis lors, les exportations rwandaises vers la Chine ont connu une forte croissance, passant de 35 millions de dollars en 2019 à 160,6 millions de dollars en 2024, les produits agricoles étant le principal moteur de cette croissance.
Une porte d’entrée stratégique
D’après les données du ministère chinois des Affaires étrangères, les échanges bilatéraux ont atteint 669 millions de dollars en 2024, soit une hausse remarquable de 21,4 % par rapport à l’année précédente.
Pour Teddy Kaberuka, analyste économique, le protocole d’exportation d’avocats marque une évolution fondamentale dans la manière dont les pays africains peuvent profiter des partenariats stratégiques pour transformer leur agriculture.
« L’exportation d’avocats vers la Chine constituera une porte d’entrée stratégique qui positionnera les avocats rwandais sur l’un des marchés de consommation les plus dynamiques au monde », indique M. Kaberuka à CHINAFRIQUE.
Selon lui, ce protocole illustre de manière significative l’évolution des relations entre le marché chinois et les producteurs africains. Concernant les implications plus larges pour la coopération Afrique-Chine, il démontre comment ce dispositif peut bénéficier aux petits exploitants agricoles tout en répondant aux normes de qualité exigeantes. « C’est la prospérité partagée en action : lorsque les consommateurs chinois dégustent des avocats rwandais, ils soutiennent les chaînes de valeur et les communautés rurales du Rwanda. »
Les exportations d’avocats du Rwanda ont connu une croissance exponentielle, passant de 440 000 dollars en 2013 à 6,3 millions de dollars en 2023, soit une multiplication par 14 en seulement dix ans.
Une importance stratégique
Angel Uwantege, fondatrice et propriétaire de Bahage Foods, pionnière en devenant la première entreprise rwandaise dirigée par une femme et la quatrième à exporter un conteneur complet de 22 tonnes d’avocats Hass, affirme que le protocole avec la Chine représente l’aboutissement d’années de travail acharné et de positionnement stratégique.
« L’exportation d’avocats rwandais vers la Chine va considérablement dynamiser notre économie », se réjouit-elle. « Nous sommes optimistes quant au potentiel de croissance. Voilà une occasion de prouver que les femmes rwandaises peuvent être des leaders dans l’agroalimentaire international. »
« Nous avons confiance dans le marché chinois, et le traitement tarifaire zéro facilite l’exportation de nos produits rwandais vers la Chine. Cela réduit les coûts et rend nos produits plus compétitifs », ajoute-t-elle. « Nous anticipons davantage d’accords commerciaux, d’investissements et d’échanges culturels. »
En tant que président de l’Association des exportateurs horticoles du Rwanda et directeur général d’Almond Green Farm, Robert Rukundo a apporté un éclairage stratégique sur l’importance du protocole avec la Chine, en considérant l’ensemble du secteur. Son organisation représente les intérêts collectifs des exportateurs horticoles rwandais, et il perçoit cet accord comme potentiellement transformateur pour l’ensemble du secteur, soulignant l’importance stratégique de la diversification des marchés.
« Il s’agit d’un tournant crucial car, jusqu’à présent, nous dépendions fortement de Dubaï et de certaines régions d’Europe. Lorsque les exportations se concentrent sur quelques marchés, le pays est vulnérable aux fluctuations de prix, aux changements de réglementation ou aux ralentissements économiques dans ces régions », souligne-t-il.
Son expérience en matière d’expansion des exportations d’avocats et de gestion de contrats d’approvisionnement de plus de 200 tonnes par mois lui confère une perspective unique sur les défis opérationnels et les opportunités à venir. « Le marché chinois offre volume et régularité ainsi qu’un potentiel de partenariats à long terme qui permettront de planifier les investissements de manière plus stratégique. »
« Nous devons également veiller à disposer des infrastructures, des systèmes de contrôle qualité et des réseaux de soutien aux agriculteurs nécessaires pour respecter systématiquement les normes chinoises. Ce protocole représente une opportunité, mais il exige un effort collectif pour en tirer pleinement parti », renchérit-il.
Le succès du Rwanda dans ses exportations de piments offre un modèle pour le secteur de l’avocat. Lors de la première édition de la CIIE en 2018, le Rwanda a décroché une commande d’huile de piment d’une valeur de 2 millions de dollars, permettant son accession au rang de premier pays africain exportateur de piments séchés vers la Chine en 2021. Les perspectives sont donc résolument optimistes.
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