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  2026-03-03
 

Sous les arcades, la nouvelle vague

VOL. 18 / MARS 2026 par XIA YUANYUAN  ·   2026-03-03
Mots-clés: Port de libre-échange de Hainan

L’ouverture de Hainan a trouvé son port d’attache : les arcades centenaires de Haikou, où le passé restauré fait écho aux ambitions les plus contemporaines. 

Zhao Aihua dans le quartier qilou, à Haikou (province de Hainan). (DUAN WEI) 

  

À Haikou (province de Hainan), la brise du large caresse les galeries couvertes du quartier historique qilou – ces maisons à arcades emblématiques du sud de la Chine et, plus largement, de l’Asie du Sud et du Sud-Est. C’est de là que sont partis, il y a un siècle, des générations d’insulaires en quête d’un avenir meilleur. Nombreux y sont revenus après leur réussite, pour bâtir ces édifices aux influences étrangères, témoignages silencieux d’une épopée tournée vers l’océan. 

Aujourd’hui, le courant s’est inversé. Avec l’instauration du Port de libre-échange de Hainan (PLEH), l’ancien lieu d’exil est devenu un point de convergence. Entrepreneurs aventuriers, expatriés et artistes internationaux affluent désormais vers ces rives. Le quartier qilou de Haikou en est la vitrine, où s’écrivent les nouveaux chapitres de l’ouverture du territoire. 

  

Conserver la patine du temps 

En 2009, lorsque Zhao Aihua prend les rênes de la rénovation du quartier historique, le constat est sans appel. Arcades en ruine, commerces incohérents avec l’âme du lieu : le quartier qilou est loin de l’ambition patrimoniale censée habiter les lieux. 

« Notre approche est passée de la transformation à la protection et régénération, puis à la rénovation », explique-t-elle, alors cheffe du projet et aujourd’hui présidente de la société d’investissement et de développement du quartier. Pour elle et son équipe, il ne s’agissait pas de raser pour reconstruire, mais de réveiller l’histoire. 

Dans une quête d’authenticité absolue, les travaux ont été menés avec une minutie d’horloger : analyses et reproduction à l’identique des matériaux d’origine, consultation d’archives photographiques, etc. 

Leur défi a aussi été d’ordre humain. Face à des commerçants inquiets pour leur emploi et des propriétaires craignant la vacance, l’équipe de Mme Zhao a mené un patient travail de porte-à-porte. Un catalogue d’activités de reconversion a été constitué, proposant de remplacer les commerces obsolètes par des projets liés à la culture, au tourisme et à la création, et laissant le choix aux propriétaires. Des aides temporaires sur les loyers ont facilité la transition. 

Une décennie plus tard, le pari est gagné. Le quartier historique s’est hissé au rang de destination phare, attirant plus de 110 000 curieux pour le seul jour de l’An 2026. Les habitants n’ont pas été massivement déplacés, et la rue Bo’ai, son artère centrale, vibre toujours d’une vie populaire intense. 

Au-delà des quelque 490 façades restaurées, ce chantier a libéré une énergie nouvelle. Avec l’essor du PLEH et la politique d’exemption de visa, les échanges avec l’extérieur se multiplient. Les expositions d’art venues d’Asie et d’Europe se succèdent, les locaux commerciaux s’arrachent et, porté par le retour d’entrepreneurs et de diplômés, l’écosystème du vieux quartier se régénère. 

Le Musée YiYo, fondé par Huang Yaosen, met en valeur le patrimoine culturel immatériel grâce à un modèle opérationnel unique. (DUAN WEI) 

  

L’avant-garde sous les arcades 

Si Mme Zhao a consolidé les racines du vieux quartier, l’artiste Chen Ru, elle, y construit des passerelles vers le monde entier. En 2018, séduite par les perspectives du PLEH, cette native de Hainan a quitté les États-Unis pour regagner Haikou. En deux ans, elle a métamorphosé une bâtisse à l’abandon depuis 15 ans en une galerie d’art avant-gardiste, baptisée « Qilou », tout comme l’architecture du lieu. 

« Ce qui m’a convaincue, c’est la franchise douanière sur l’art et les exemptions de visa. Ces mesures réduisent considérablement les coûts et les barrières pour les artistes internationaux souhaitant échanger, exposer ou commercer. Par rapport à Beijing ou Shanghai, Hainan offre aujourd’hui des facilités inédites pour faire circuler l’art international », explique Mme Chen. 

Depuis son ouverture en 2024, la Galerie Qilou enchaîne les projets d’exposition avec des artistes et institutions d’Italie, de République de Corée, du Japon, etc., s’imposant rapidement comme une importante vitrine des échanges artistiques sino-étrangers. La galerie prévoit même d’établir une résidence pour jeunes artistes en Italie afin de donner une nouvelle profondeur à ces échanges. 

Malgré les défis de financement et de gestion inhérents à une galerie privée, Mme Chen reste résolument optimiste : « Je suis convaincue que le PLEH doit être un terrain fertile pour l’innovation. Mon ambition est de transformer ces arcades en une plateforme artistique branchée sur le monde. » 

L’initiative de Mme Chen illustre ce renouveau culturel porté par le PLEH. En jetant un pont artistique entre l’île de Hainan et le reste du monde, elle insuffle aux arcades centenaires un esprit contemporain. Sous cette impulsion, tout l’écosystème créatif du quartier s’enrichit, faisant émerger un pôle artistique à l’ambition mondiale. 

La Galerie Qilou de Chen Ru est devenue une plateforme importante pour les échanges artistiques internationaux. (DUAN WEI) 

  

Raviver le patrimoine culturel immatériel 

Hainan ne se contente plus d’attirer, elle veut rayonner. Ce nouvel élan est porté par des figures comme Huang Yaosen. De retour de Shenzhen (province du Guangdong), ce trentenaire s’est donné pour mission d’offrir une seconde jeunesse à la culture ancestrale de l’île pour la projeter sur la scène internationale. 

Aujourd’hui responsable de l’Association de protection et de transmission du patrimoine culturel immatériel de Haikou et fondadeur du Musée YiYo, il s’attaque à un double défi : sauvegarder des savoir-faire menacés et bâtir une économie créative. 

« On associe souvent le patrimoine au passé. Moi, je veux le rendre hype », lance-t-il. Dans son musée, fini le patrimoine sous cloche : on le touche, on l’expérimente, on se l’approprie. 

Au rez-de-chaussée, son « supermarché de l’art » illustre cette philosophie. Les motifs des brocarts de l’ethnie li se déclinent sur des bijoux contemporains, tandis que la tisane zhegucha se marie à des fruits lyophilisés pour donner une boisson inédite qui séduit les palais d’aujourd’hui. 

L’ambition de M. Huang ne s’arrête pas là. « Le patrimoine immatériel doit s’inviter partout, sans jamais se couper du quotidien. » Il l’a ainsi introduit dans les marchés en organisant une « semaine culturelle ». Il propose également plus de 20 ateliers (émaux cloisonnés, teinture par ligature, sculpture sur noix de coco, etc.) dans une école du soir, offrant aux jeunes urbains un lieu d’échange autour de savoir-faire traditionnels. Son équipe, une bande de jeunes créatifs, excelle dans l’art de transformer la tradition en expérience ludique. 

L’histoire de M. Huang montre comment Hainan puise dans ses racines afin de mieux renaître. En alliant codes de sa génération et ressorts du marché, il réanime un héritage qu’on croyait figé. Il prouve surtout que l’île n’est pas qu’une carte postale de plages ; elle cache un trésor culturel d’une vitalité insoupçonnée. 

Trois artisans pour un même quartier. Mme Zhao en a sauvé l’âme, Mme Chen en a fait une vitrine internationale et M. Huang y a semé l’avenir. Leurs histoires dessinent son nouveau visage. 

Un siècle sépare les exilés d’hier des pionniers d’aujourd’hui. Les premiers quittaient ces rives à la recherche d’une vie meilleure ; les seconds y accostent pour conquérir de nouveaux horizons. 

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