2025-08-01 |
Le goût du lien |
VOL. 17 / AOÛT 2025 par DONATIEN NIYONZIMA · 2025-08-01 |
Mots-clés: EECSA ; solides partenariats sino-africains |
Andrew Gatera (à gauche) présente son café lors de la 4e Exposition économique et commerciale sino-africaine, à Changsha, dans la province du Hunan, en juin. (PHOTOS : COURTOISIE)
La ville de Changsha, au Hunan, a marqué une nouvelle étape des relations sino-africaines en accueillant la 4e Exposition économique et commerciale sino-africaine (EECSA). Depuis son lancement en 2019, cet événement n’a cessé de croître, devenant un carrefour d’affaires, d’innovation et d’échanges culturels. L’édition 2025 a réuni plus de 30 000 participants issus de 53 pays africains, de 11 organisations internationales et de 27 provinces chinoises.
Parmi les visages familiers de l’EECSA, l’entrepreneur rwandais Andrew Gatera se distingue par son assurance tranquille. Actif dans le café, le thé et le tourisme, il incarne l’évolution des relations sino-africaines. « La première fois que je suis venu, je ne savais pas à quoi m’attendre », confie-t-il à CHINAFRIQUE, la voix mêlée d’humilité et de fierté. « Je n’avais qu’un seul produit, mal emballé de surcroît. Je n’ai reçu aucune commande, mais j’ai perçu un potentiel réel. »
Ce premier pas, quoique modeste, a semé une graine qui n’a cessé depuis de s’épanouir, traversant frontières et continents.
Un tremplin vers des connexions durables
Au fil des éditions, l’EECSA est devenue bien plus qu’un salon commercial : une plateforme vivante d’échanges d’idées, de produits et de cultures. Avec sa montée en puissance, la confiance de M. Gatera et son réseau se sont consolidés. « La deuxième fois, j’ai compris que ce marché offrait bien plus : un vaste réseau de partenaires et de consommateurs », confie-t-il. « Dès ma troisième participation, j’ai noué des liens solides. Aujourd’hui, nous avons un espace permanent à Changsha et développons notre présence dans d’autres villes. »
M. Gatera n’est pas une exception. Dans les allées effervescentes de l’exposition, petits entrepreneurs éthiopiens, exportateurs de cacao ghanéens et innovateurs technologiques kényans partagent une même ambition : faire de l’EECSA un véritable catalyseur de développement.
Pour M. Gatera, ce développement repose sur trois piliers : le café, le thé et le tourisme. Fort de la réputation du Rwanda pour la qualité de son café, il a construit une marque durable. « Nous avons commencé avec le café, mais nous avons vite constaté un fort intérêt pour le thé. Le Rwanda produit aussi bien des thés CTC que des thés de spécialité. Nous élaborons même aujourd’hui des mélanges à la chinoise avec des feuilles rwandaises. »
Mais au-delà des affaires, l’EECSA est le théâtre d’une ambiance singulière, nourrie par la collaboration et la confiance. « Chaque édition, on retrouve des visages connus. Les liens se renforcent », souligne M. Gatera. Un registre détaillé des participants est tenu, facilitant les échanges et la fidélisation des relations commerciales.
Dans un contexte d’intensification des échanges sino-africains, l’édition 2025 de l’EECSA a confirmé son importance : 176 projets y ont été signés pour 11,39 milliards de dollars, en hausse de près de 46 % en quantité par rapport à l’édition précédente. En 2024, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint 295,6 milliards de dollars, consolidant la Chine comme premier partenaire du continent pour la 16e année consécutive.
Derrière ces chiffres se trouvent des milliers d’entreprises, de familles et de communautés tributaires du commerce international. Pour nombre d’entrepreneurs africains, l’EECSA n’est pas seulement une porte d’entrée vers la Chine : c’est un pont vers le monde.
L’exposition joue aussi un rôle de passerelle culturelle. Des ateliers sur la certification, le conditionnement ou le marketing numérique aident les entrepreneurs africains à mieux cerner les attentes du marché chinois. « Il ne s’agit pas seulement de vendre un produit », souligne M. Gatera. « Il faut comprendre les besoins des consommateurs chinois et bâtir des relations durables. »
Pour beaucoup, la véritable force de l’EECSA tient à sa capacité à tisser des liens durables. Les affaires naissent parfois autour d’un café rwandais ou d’un repas, mais c’est l’esprit de partenariat qui demeure. « Nous ne sommes pas là uniquement pour commercer », affirme M. Gatera. « Nous sommes là pour créer des liens humains, partager nos cultures et construire ensemble quelque chose de bénéfique pour tous. »
Malgré le dynamisme ambiant, les défis persistent. Les produits africains restent peu connus en Chine, et les investissements pour développer les réseaux de distribution ou renforcer les marques restent coûteux. « La plupart des Chinois ne connaissent pas bien nos produits », admet M. Gatera. « Le potentiel est énorme, mais un véritable travail de sensibilisation s’impose. »
Andrew Gatera aux côtés de cultivatrices de café rwandaises.
Un impact tangible
Alors qu’un nouveau chapitre de l’EECSA se referme, une chose est claire : ce n’est qu’un début. D’une édition à l’autre, la dynamique s’accélère : davantage de participants, de contrats, de partenariats solides. Depuis sa création, l’EECSA a permis de conclure plus de 67 milliards de dollars de contrats entre entreprises africaines et partenaires chinois.
M. Gatera, lui, regarde résolument vers l’avenir. « Je suis convaincu que la prochaine exposition sera encore plus grande. Il y a de la place pour les jeunes pousses, les marques confirmées, et tous ceux qui veulent grandir », affirme-t-il. Il voit dans la diversité croissante des participants, des entreprises technologiques nigérianes aux coopératives agricoles tanzaniennes, le signe que les relations sino-africaines gagnent en maturité.
Sur le plan politique, les gouvernements des deux parties affichent un soutien solide. L’initiative « la Ceinture et la Route » continue d’appuyer le développement des infrastructures à travers l’Afrique, tandis que les gouvernements africains œuvrent à l’harmonisation des règles commerciales et à l’amélioration de la logistique régionale.
Le véritable baromètre du succès ne se lit pas dans les chiffres, mais dans les vies transformées. Au Rwanda, les revenus du café et du thé font vivre dignement des milliers de petits producteurs. Au Kenya, les investissements chinois modernisent les ports et créent des emplois. En Éthiopie, la coopération textile ouvre de nouveaux horizons aux jeunes. Partout en Afrique, ce partenariat va au-delà des données : il touche des êtres, des parcours, des espoirs.
Pour M. Gatera, ce parcours est aussi personnel que professionnel. « Ce que j’aime à l’EECSA, c’est que tout tourne autour des gens », confie-t-il. « On rencontre quelqu’un, on écoute son histoire, et parfois, on change un peu sa vie. C’est cela, le vrai sens de cette aventure. »
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