| 2025-12-04 |
Le numérique au service du progrès et de la planète |
| par SARAH ARASSY EP RAZAFINDRATOVOLAHY · 2025-12-04 |
| Mots-clés: technologies ; économie ; gouvernance |

Sarah Arassy ep Razafindratovolahy au Musée de science-fiction de Chengdu, dans la province du Sichuan. (PHOTOS : COURTOISIE)
Le plus fascinant dans le développement numérique en Chine, c’est la profonde transformation de l’économie, autant en milieu urbain que rural. Ici, il ne s’agit pas d’un privilège réservé à l’élite, mais d’une stratégie nationale appliquée avec détermination et précision à tous les niveaux.
En agriculture, les outils numériques renforcent la sécurité alimentaire de la Chine. Des drones surveillent les cultures, des capteurs mesurent les conditions du sol et les agriculteurs utilisent des smartphones pour consulter la météo, lutter contre les parasites et connaître les prix du marché en temps réel. L’intelligence artificielle (IA) aide les autorités locales à prévoir les rendements, à réduire le gaspillage et à équilibrer les prix. Grâce à des plateformes e-commerce comme Taobao, même les agriculteurs issus des villages les plus reculés peuvent vendre directement leurs produits à une clientèle urbaine, augmentant ainsi leurs revenus et contribuant à l’objectif d’autosuffisance alimentaire nationale.
Dans le secteur industriel, la transformation numérique joue un rôle essentiel. Lors de la 27e Exposition internationale de haute technologie de Beijing en mai dernier, j’ai pu constater des avancées majeures en matière de fabrication intelligente, de technologies de l’information et de santé. Ces progrès témoignent du dynamisme de l’innovation en Chine et de la montée en puissance de ses industries à forte valeur ajoutée (véhicules électriques, aérospatiale, semi-conducteurs, etc.).
Leaders du marché, Huawei et Xiaomi sont précurseurs en matière de construction d’infrastructures 5G et d’écosystèmes basés sur l’IA, alimentant la concurrence internationale. Ces progrès sont activement soutenus par le gouvernement (incitations fiscales, financements de la recherche et planification coordonnée des infrastructures) pour servir les objectifs stratégiques à long terme du pays.
Gestion des ressources humaines par l’IA
Autre expérience marquante à mes yeux : j’ai suivi une conférence sur la gestion des ressources humaines basée sur l’IA, au cours de laquelle a été présenté un projet pilote lancé en octobre 2024 à Shenzhen.
Cette initiative concernait 70 employés répartis dans 11 départements, assistés par des « robots recruteurs », des « robots fonctionnaires » et des « formateurs IA », se chargeant de tâches réelles : présélection des candidats, planification des entretiens, traitement des documents et personnalisation de la formation du personnel. L’IA réduit les tâches répétitives, permettant aux fonctionnaires de se concentrer sur la conception des politiques et la prise de décision centrée sur l’humain. Cette approche améliore l’efficacité, l’équité et l’innovation tout en réduisant les goulets d’étranglement bureaucratiques.
En comparant la situation à celle de Madagascar où la main-d’œuvre publique est limitée et inégale, j’ai réalisé à quel point des outils d’IA similaires pourraient améliorer la prestation de services, rationaliser le recrutement et étendre la capacité administrative aux zones reculées, améliorant ainsi la gouvernance sans diminuer la valeur humaine.

Sarah Arassy ep Razafindratovolahy (4e à droite) accompagnée d’étudiants de sa promotion lors d’une visite de la Base de recherche sur l’élevage des pandas géants de Chengdu, dans la province du Sichuan.
Dématérialisation des services publics
Lors du renouvellement de mon permis de séjour, j’ai pu expérimenter l’efficacité des services publics dématérialisés. Une grande partie des étapes (remplissage des formulaires, téléchargement des documents, etc.) est effectuée en ligne et la confirmation m’est parvenue en quelques jours. Seule la vérification finale a nécessité une convocation sur place et là encore les systèmes numériques ont garanti l’exactitude et la rapidité du processus.
La stratégie chinoise en matière de dématérialisation des services publics intègre les systèmes s’adressant aux personnes privées, aux entreprises ou aux administrations dans des plateformes numériques unifiées. Les citoyens peuvent enregistrer les naissances, renouveler leur carte d’identité ou prendre des rendez-vous médicaux sur des applications ou des bornes en libre-service, même en milieu rural.
Côté éducation et santé, le numérique permet aux patients de prendre rendez-vous à l’hôpital et aux enseignants des écoles rurales d’accéder à des ressources en ligne, ce qui réduit les écarts régionaux.
Ces changements résultent d’une meilleure intégration des systèmes, sans remplacer les personnes. Les fonctionnaires continuent de jouer un rôle clé, aidés par des outils augmentant l’efficacité de leur travail.
Innovation environnementale
La Chine se distingue également par l’alignement des technologies sur la protection de l’environnement. Dans de nombreux pays, l’écologie et l’innovation semblent souvent incompatibles ; ici, elles progressent ensemble.
À Shenzhen, le recyclage géré par l’IA trie automatiquement les déchets et récompense leur élimination appropriée. Les transports publics sont majoritairement électriques et des systèmes de données en temps réel gèrent le trafic afin de réduire les émissions. Les réseaux intelligents et les stations de recharge favorisent l’utilisation d’énergies durables.
Au niveau industriel, la Chine réalise d’importants progrès dans les domaines des énergies renouvelables et de la surveillance des émissions. Les usines de captage du carbone de Sinopec illustrent comment les industries lourdes peuvent évoluer vers des modèles plus écologiques. Leader mondial en matière d’énergie solaire et éolienne, la Chine utilise également l’IA pour optimiser la distribution et le stockage de l’énergie.
Ces exemples prouvent que la transition numérique et la responsabilité écologique ne sont pas contradictoires. L’expérience chinoise montre comment la durabilité peut être intégrée à tous les niveaux de la vie numérique (applications mobiles, infrastructures nationales), démontrant ainsi que la technologie, lorsqu’elle est guidée par un objectif, peut servir à la fois le progrès et la planète.
SARAH ARASSY EP RAZAFINDRATOVOLAHY, étudiante malgache en master à l’Université des sciences et technologies électroniques de Chine