| 2026-01-12 |
Cultiver un futur rural |
| VOL. 18 / JANVIER 2026 par LI XIAOYU · 2026-01-12 |
| Mots-clés: coopération agricole ; Ouganda |
Un Ougandais refusant de céder au fatalisme s’inspire des villages modèles chinois pour bâtir un Busoga plus résilient, coopératif et tourné vers l’avenir.

Isaac Imaka en plein travail dans un champ en Ouganda. (COURTOISIE)
Au cœur de la sous-région du Busoga en Ouganda, Isaac Imaka, ancien journaliste senior à Daily Monitor, réécrit l’histoire du développement rural. Après sept années dans ce média national, il a quitté la salle de rédaction pour se tourner vers les champs, animé par la conviction que des communautés comme la sienne, à Jinja North, méritaient plus que la pauvreté chronique et un cycle de survie au jour le jour. Sa transformation a pris racine lorsqu’il a rejoint l’initiative pour les jeunes entrepreneurs ruraux africains, un programme lancé conjointement par l’Université d’agriculture de Chine (CAU) et le géant technologique chinois Tencent, qui l’a envoyé pour une immersion de dix jours à travers la Chine en novembre 2024.
Aux sources de la revitalisation rurale
Lors de ce voyage, deux villages du Yunnan, Mangajian et Hebian, ont marqué un tournant dans la réflexion de M. Imaka. Il y a moins de 20 ans, ces villages figuraient parmi les plus pauvres de Chine ; aujourd’hui, ils sont des modèles prospères, visités par des chercheurs et des touristes souhaitant comprendre les stratégies de revitalisation rurale.
Mangajian s’était transformé en adoptant une agriculture résiliente au climat, en améliorant la santé des sols, en conservant l’eau et en augmentant les rendements grâce à des pratiques durables. Portant un regard lucide sur la situation de son pays, M. Imaka indique que ce contraste était saisissant avec sa réalité locale, où les agriculteurs vivant le long du Nil souffrent encore malheureusement de pénuries de légumes, car les communautés n’ont jamais pris la peine d’organiser de systèmes d’irrigation malgré l’abondance des ressources en eau.
Le village de Hebian l’a encore plus impressionné. Dépendant autrefois uniquement de l’agriculture traditionnelle peu diversifiée et de l’élevage, la communauté a su varier ses cultures, en plantant du riz, du maïs et de nouveaux légumes adaptés au climat tropical, tout en améliorant ses infrastructures. Des maisons écologiques ont remplacé les cabanes en bois, et les habitants ont mis en place des chambres d’hôtes pour sortir du cycle de l’endettement. Ce qui a réellement frappé M. Imaka, c’est l’état d’esprit collectif : les villageois s’accordaient sur le fait que le développement devait être partagé, et que le succès appartenait à tous, et non à quelques individus.
« Les habitants avaient faim de changement et de croissance », confie Deng Linguo, chef du village de Hebian, aux participants du programme CAU-Tencent, en contraste frappant avec ce que M. Imaka décrit comme un individualisme enraciné et une vision à court terme au Busoga, où la plupart des groupes communautaires se concentrent sur les funérailles, les systèmes d’emprunt et la survie plutôt que sur la production et la transformation.

Photo de groupe des participants à l’initiative CAU-Tencent pour les jeunes entrepreneurs ruraux africains, lors de leur visite de terrain dans la province du Yunnan, en novembre 2024. (COURTOISIE)
La force du récit collectif
De retour en Ouganda, M. Imaka a immédiatement identifié le potentiel de l’agriculture contractuelle Chine-Ouganda, qui garantit un prix d’achat minimum de 3 000 shillings ougandais (0,83 dollar) par kilo de piment. Avec 1 066 dollars de capital de départ et un mentorat en ligne continu de la professeure Xu Jin de la CAU, il a établi une ferme expérimentale de piments.
« Si le climat est favorable, nous prévoyons 2 400 kg de piments et un bénéfice d’environ 2 057 dollars », explique M. Imaka. Mais ses ambitions dépassent largement le profit personnel : « Si je réussis, une centaine de foyers pourront à leur tour rejoindre le projet. C’est surtout cela ma véritable récolte. »
Fort de son expérience journalistique, M. Imaka mobilise sa communauté à travers Busoga Today, le journal qu’il a fondé après avoir quitté Daily Monitor. Disponible en version numérique et papier, la publication diffuse des techniques agricoles, des histoires de réussite rurale chinoise et les progrès réalisés par les agriculteurs locaux.
Il organise également des « dialogues au coin du feu », discussions communautaires en plein air où les villageois débattent des stratégies de développement, revisitent leurs idées sur la précarité et explorent la possibilité pour le Busoga d’adopter un modèle similaire à celui des villages chinois.
Vers un rêve plus vaste
La ferme de piments de M. Imaka n’est que la première étape. Son objectif à long terme est de créer une usine de transformation des piments, permettant aux agriculteurs locaux d’entrer dans des chaînes de valeur plutôt que de vendre des produits bruts. La création d’emplois, des marges plus élevées et un produit identitaire local : tels sont les piliers de la transformation qu’il envisage.
Sa mission l’a également conduit à s’engager dans la vie publique. M. Imaka se présente aux élections législatives pour la circonscription de Jinja North, dans l’espoir d’utiliser la politique pour développer l’entrepreneuriat rural, l’autonomisation des jeunes et la modernisation agricole. « Je veux aider les jeunes à accéder aux opportunités que je n’ai jamais eues. Je veux construire une société qui réponde à leurs besoins », souligne-t-il avec confiance à CHINAFRIQUE.
De journaliste racontant des histoires à entrepreneur écrivant un nouveau chapitre pour sa communauté, M. Imaka incarne le pouvoir de l’apprentissage interculturel. Les leçons qu’il a tirées des villages modèles du Yunnan, telles que la coopération, la planification intentionnelle et l’agriculture intelligente face au climat, façonnent aujourd’hui l’avenir du Busoga.