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  2026-03-02
 

Une célébration intergénérationnelle

VOL. 18 / MARS 2026 par DONATIEN NIYONZIMA  ·   2026-03-02
Mots-clés: Fête du Printemps ; Vivre en Chine ; Rwanda

À la recherche d’une nouvelle signification dans les rituels ancestraux du Nouvel An chinois. 

  

Des lanternes décorant les rues de Beijing, le 7 février. (XINHUA) 

  

Depuis plus de dix ans, la Fête du Printemps rythme ma vie en Chine. Mais cette année revêtait une signification particulière : c’était le premier Nouvel An chinois de ma fille, sa première découverte des lanternes rouges et des festins familiaux. À cet égard, la célébration de cette année était à la fois culturelle et intergénérationnelle. 

Quand je suis arrivé en Chine il y a une décennie, j’observais le Nouvel An chinois « de l’extérieur ». En tant qu’étudiant international, je restais sur le campus pendant les vacances d’hiver. L’université associait les étudiants étrangers aux festivités en organisant un repas au cours duquel nous découvrions la délicieuse gastronomie traditionnelle. Malgré tout, l’expérience restait assez formelle et distante, car je ne m’y sentais pas pleinement immergé. 

  

Un nouveau départ 

Tout a changé depuis que j’ai rencontré ma compagne. Professeure de Chinois Langue Étrangère et passionnée de culture chinoise, elle m’a fait découvrir la Fête du Printemps en tant que tradition vivante, profondément ancrée dans le quotidien. Grâce à elle, j’ai compris que cette fête est moins une question de spectacle que de retrouvailles en famille. 

Désormais, le moment venu, nous préparons notre maison avec une intention discrète. Nous collons des sentences parallèles sur notre porte d’entrée, symboles de bonne fortune et de renouveau. Nous nettoyons notre maison de fond en comble, rituel qui représente le fait de chasser les malheurs de l’année écoulée pour accueillir la nouvelle avec sérénité et espoir. 

Pour le réveillon, nous préparons un dîner traditionnel et regardons le Gala du Nouvel An chinois de la chaîne nationale CCTV, célébration télévisée annuelle devenue un rituel pour d’innombrables familles à travers la Chine. Cette année, les données officielles font état de 13,5 milliards de vues sur les plateformes numériques, avec une audience totale atteignant environ 677 millions de personnes à minuit. Ces chiffres témoignent de la place unique qu’occupe le Gala au cœur des festivités nationales. 

Après le dîner, nous avons l’habitude de flâner dans notre quartier pour admirer les lanternes et les feux d’artifice. Si ces derniers sont un symbole cher à la fête, de nombreuses villes imposent des réglementations strictes afin de garantir la sécurité publique et de réduire l’impact environnemental. 

Cette année, la fête a pris une signification profondément différente. Notre fille, âgée d’un peu plus de trois mois, est la toute dernière participante à cette tradition qui se perpétue. Elle ne se souviendra ni de son premier repas de fête, ni de la chaleur et des rires qui l’entouraient, mais nous, si. Un jour, nous lui raconterons comment elle a dormi paisiblement, bercée par notre amour, tandis qu’une nouvelle année commençait doucement. 

 

Des feux d’artifice illuminant le ciel de Nanchang (province du Jiangxi), le 17 février. (XINHUA) 


La force de l’unité familiale 

Avant de rentrer dans leur ville natale pour célébrer l’événement en famille, nos amis chinois nous ont invités chez eux pour partager des plats préparés avec soin, échanger des vœux sincères et évoquer avec profondeur l’année écoulée et les espoirs pour l’année à venir. Dans ces moments de calme et d’intimité, j’ai pleinement saisi le sens de ce proverbe chinois : « La famille est la plus petite unité de la nation, tandis que la nation est faite d’une multitude de familles réunies. » Souvent cité dans le discours contemporain, il traduit la conviction que la vitalité et la résilience d’une nation reposent sur la force et l’harmonie de ses familles. Historiquement, cette vision de la famille comme unité fondamentale est solidement ancrée dans la pensée confucéenne. 

Originaire du Rwanda, j’observe des similitudes avec mon pays, où les réunions de famille occupent une place sacrée. Les familles nombreuses se réunissent pour partager des repas et renforcer leurs liens. En kinyarwanda, un proverbe dit que la famille est le fondement de la nation. Bien qu’exprimée différemment, cette philosophie fait écho à la conception chinoise. 

Une dimension russe se rajoute à notre manière de célébrer l’événement. Les origines culturelles de ma compagne nous relient à la Russie, où le Nouvel An est une fête familiale importante (repas de famille, décorations festives et émissions télévisées nationales visionnées par des millions de personnes). Comme en Chine, les célébrations hivernales mettent en lumière la chaleur humaine face au froid, offrant réconfort matériel, proximité émotionnelle et renouveau. 

En observant ma compagne admirant calligraphies, lanternes scintillantes et décorations d’un rouge éclatant dans les rues, je réalise à quel point l’esthétique est profondément ancrée dans l’identité culturelle chinoise. 

En 2024, la Fête du Printemps a été officiellement inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, confirmant ainsi son statut de tradition vivante transmise depuis des millénaires. En la vivant aujourd’hui comme époux et père, je comprends mieux la source de sa pérennité. Bien plus qu’une fête, c’est un lien culturel qui unit discrètement les familles et, à travers elles, la nation tout entière. 

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24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine


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